vendredi 22 février 2013

"Manuel Valls veut s'attaquer au rap agressif sur internet"







Les relations entre le ministère de l'intérieur et le rap en général n'ont jamais été très bonnes, sauf peut-être lorsque Bruno Beausir était pote avec Sarkozy.

J'ai récemment lu un article qui relate des discussions de parlementaires, notamment concernant la liberté d'expression sur internet. Il semblerait qu'une sénatrice, s'adressant au ministre de l'intérieur, dénonçait les "abus de la liberté d'expression".

A ce moment là, on peut se demander ce qu'est un abus de la liberté d'expression, ce qui nous ramènerait à l'éternel frontière de la liberté d’expression, celle qui n'a vraisemblablement jamais été fixé, mais à pourtant mis en cause de nombreuses personnalités.

La sénatrice en question tient ensuite les propos suivants : 



"un certain nombre de « chansons » – si l’on peut dire – de rappeurs tels que 113, Sniper, Salif, Ministère Amer, Smala ou encore Lunatic, dont les paroles sont d’une violence absolument inouïe contre la France, ses autorités civiles et militaires, son drapeau". Mme Goulet s'indignait de ce que les chansons en question soient "en vente libre et sont diffusées sur toutes les radios", alors que "leurs paroles sont des appels à la violence et à la haine envers les autorités de police".


Le ministre de l'intérieur à déclaré qu'il fallait :"lutter contre les paroles agressives à l'encontre des autorités ou insultantes pour les forces de l'ordre et les symboles de notre République".



" J'aime un keuf quand son slip jaunit"

Rien de surprenant en somme, si ce n'est que la sénatrice en question aurait pu se réveiller un peu plus tôt, sachant que, par exemple, les propos tenus par Lunatic ont maintenant un peu plus de 10 ans ( Mauvais oeil 2001, Temps mort 2002 ).

C'est la réponse de Manuel Valls qui est intéressante puisqu'elle est à mon sens assez limitatrice dans l'exercice de la liberté d'expression.

Quelles sont les symboles de la république ?


Il y à, selon moi, pas mal d'aspects du système républicain qui méritent un paquet d'insultes, et cette idée serait la source du détournement des symboles de la république.

Les symboles permettent la personnification du système ciblé par la critique. Certes on brandit fièrement le drapeau en certaines circonstances, mais ce ne sont pas des symboles intouchables puisqu'ils renvoient aux victoires mais également aux échecs du système qu'ils représentent.

Lorsque métaphoriquement Marianne est malmené c'est indicateur de l'obsolescence et de la légèreté de ces symboles qui, peut-être sont parlant à certaines personnes qui de par leur expérience ont été satisfaits du système républicain, mais pour d'autres désignent un système collectionneur d'inégalité, de corruption et de trafics étranges.

Or, ces deux réalités existent bien et les symboles de la république ont dès lors des significations différentes en fonction de l'endroit où ceux-ci seront arborés. Personnellement, si je croise quelqu'un qui chante la Marseillaise en bas de chez moi, je ne me sentirai pas à l'aise.

La Marseillaise, certains rappeurs en diront qu'elles est plus violente que du "Gangsta Rap", en lisant les paroles, il est vrai qu'elle est à l'image d'une époque décrite généralement dans les livres d'histoires comme porteuse d'une sagesse infinie, d'égalité des droits, et ce chant est donc un chant révolutionnaire si l'on en croit l'histoire de Fernand Nathan. ( Cf. Dieudonné, Mahmoud )



"Liberté, Egalité, Fraternité"
Je pense qu'une seule phrase sera suffisante pour souligner l'absurdité de cette devise vide de sens tant la liberté n'est que l'illusion du choix, l'égalité une vaste blague et la fraternité à l'image de celle d’Ismaël et d'Isaac.


La rumeur, près de 8 ans de procès avec le ministère de l'intérieur du temps de Nicolas Sarkozy.
L'histoire ici




De la même source, j'ai lu cet article du code de justice militaire, mentionné à la suite des propos de Manuel Valls, celui-ci disant avoir recensé 39 provocations à la désobéissance au cours de l'année 2012.

Dans le code de justice militaire, l'article L332-1 dit que le fait, "en temps de guerre, de provoquer à la désobéissance, par quelque moyen de que ce soit, des militaires ou des assujettis affectés à toute forme de service national, est puni de 15 ans de réclusion criminelle et 225 000 euros d'amende"

La provocation à la désobéissance, n'est-ce pas la première étape vers une démarche que l'on pourrait qualifier de dissidente ? Et la dissidence mène au soulèvement de la masse contre l'autorité en place.

Il est donc interdit en temps de guerre de provoquer à la désobéissance.. Seulement l'essence même de la démocratie est que le pouvoir ultime est celui du soulèvement du peuple..

Pour conclure, ces propos tenus par le ministre de l'intérieur peuvent être une bonne chose pour le rap français, cela pourrait stimuler l'écriture de certains et enfin fermer le chapitre du clash Booba / La Fouine qui à depuis trop longtemps dépassé la sphère du rap.

En espérant des réactions des plus créatives et pertinentes de la part de la scène hip-hop française.


Pour nous suivre :



mardi 22 janvier 2013

Le rap pour les nuls



Art contesté, poésie rythmée,  phénomène de mode décrié : qu’est ce que le rap français aujourd’hui ? Un mouvement en voie d’extinction ?



Non



Question stupide réponse idiote.

Le vrai thème est : il y a t'il un vrai rap ?

Le rap on aime ou pas, quoiqu’il en soit c’est un style bien vivant en France et ce depuis les années 90.
Dresser une chronologie serait long et fastidieux, de plus, le travail de recherche fait partie intégrante du plaisir musical.

Nord Sud Est Ouest, il en vient de partout. La qualité n’est pas toujours au rendez vous, mais elle l’est souvent. Bon ou mauvais, le rap se renouvelle à chaque génération et il existe peu d’artistes qui ont su les traverser. Mais ceux qui ont réussis, ceux qui sont observables directement par le grand public ne sont pas du tout représentatif du mouvement et de son évolution. Au contraire, ils sont souvent modèles d’involution  pour certains.

Le rap étant un mouvement fondamentalement underground, beaucoup de ses auditeurs préfère le garder fermé aux oreilles des profanes. De ce fait se créer une scission entre ce que certains appelleront avec maladresse « le vrai rap français » et le reste.

Le « vrai » rap se définit donc par sa complète opposition au « faux » rap et vice versa.
Mais si l’un des deux doit disparaître, l’autre cessera t’il d’exister ?
Booba et autres La fouine sont utiles à la définition de ce qu’est le vrai rap français, puisqu’il s’agit simplement d’en prendre l’exact opposé.  Dès lors naît un système de classification assez malsain qui permet à certains artistes de se mettre en avant en s’appuyant sur leur non-ressemblance : « quoiqu’il arrive c’est mieux que la Fouine. »

Cette méthode de pensée permet donc la multiplication de textes non approfondi, voir même la reprise de certains morceaux. Cependant des artistes proposent une ouverture de leur art, comme Swift Guad avec le Narvalow Club ou encore Demi Portion (entres autres) et les ateliers d’écritures auxquels il participe. Rocé, quant à lui propose une ouverture musicale assez large pour dresser un carnet de voyage d’un être sur place.



Cette ouverture est salutaire car à force de vouloir faire du vrai rap français on affaiblit peu à peu l’impulsion créatrice : ce n’est par exemple pas un crime de faire de l’egotrip et pourtant beaucoup se sentent garant de la véracité de certains artistes sur chacune de leurs sorties. Pourquoi ressentent-ils le besoin constant de dire et de rappeler régulièrement  qu’ils n’aiment pas ? Ce n’est pas ça la liberté !



Beaucoup ont appréciés le dernier album de Youssoupha, mais l’apprécie t’il encore lorsqu’ils écoutent son featuring avec le rappeur de trappes aka la fouine aka la définition du rap nul ?

Il ne faut pas se leurrer : valoriser le travail d’un artiste en le comparant avec un autre c’est une logique obsolète et dégradante pour l’ensemble du hip hop.
Pour bien comprendre en quoi cette logique est absurde imaginez vous enfant, en train de dessiner tandis que quelqu’un viens vous voir et vous dit « Dali fait mieux, c’est lui la vrai peinture ».

Qui peut décréter la véracité d'un artiste ?

Dans un premier temps, on peut parler du vécu d'un artiste. Sauf que le vécu d'un artiste, même s'il est souvent levier à l'écriture, il n'y a que l'artiste qui peut en parler. On ne peut s'exprimer à la place de quelqu'un et je trouve très malsain de comparer les souffrances du passé afin de définir le meilleur rappeur dans le présent. Si l'artiste raconte une vie qui n'est pas la sienne, cela ne regarde que lui, c'est son travail il le manipule comme il veut.
Il faut cependant être conscient qu'être honnête avec soi même est souvent le meilleur choix à faire, quelque soit le domaine dans lequel on se place.
S'il prétend et affirme avoir vécu ce qu'il raconte dans ses morceaux, alors que c'est faux, cela ne fait pas de lui un "faux" rappeur, à mon sens, car le vécu n'est pas une condition à remplir pour en être un. Cela fait juste de lui un menteur.

Si ce n'est pas le vécu, qu’est ce qui définit la véracité d’un artiste ? Les normes dégagées par ceux qui représentent le fourvoiement du rap français. Hors Rocé vous l’a dit, la norme c’est la majorité, ce n’est pas la vérité.

Mais les normes plaisent aux masses, ce sont des vecteurs d’intégrations et cracher sur des artistes comme Booba, Rohff ou La Fouine, c’est s’intégrer dans le « vrai rap français ».

Le respect des normes est presque une obligation dans la structure des sociétés dans lesquelles on vit, on en retrouve partout. Créer une division pour ensuite décréter  des lois est un concept très politico-satanique d’où l’étrangeté à mon sens de l’existence de cette scission.

Pourquoi ? Pourquoi devrait-on former des clans et s’opposer ? Le rap n’est pas un art tribal, c’est juste l’image que les médias veulent lui donner.

Dois je me battre et user des pires insultes pour défendre mon opinion, c'est-à-dire le fait que je n’aime pas, sous chaque vidéo d’un artiste, sur les réseaux sociaux ou autres ?

Si tu ne détiens pas la vérité tu ne peux définir le mensonge.

Hors la vérité n’est pas une prise de position quelconque, ce n’est pas la définition de ce qui est bien ou mauvais. C’est l’acceptation, la tolérance et le respect  (a mon humble avis).



Il serait temps de se dire qu’inconsciemment vous devenez ce que vous ne voulez pas être : dépassés par les modes et les générations, incapable de suivre ou comprendre les mouvements émergeants.

Je ne défends pas les textes stupides  prônant des valeurs inadaptées à l’évolution de l’humanité, mais leur compréhension et leur dépassement sont nécessaire pour justement permettre une évolution.
En conclusion, je synthétiserai mes idées ainsi : Le vrai rap n’existe pas, ni le faux d’ailleurs. Le rap existe de lui-même par ses acteurs, sans qu'on ai besoin de le définir selon des normes arbitraires.

"Dis-moi, toi qui sait tout, si tu ne kiffes pas t'écoutes pas et puis c'est tout "

Merci à ceux qui suivent, on essaye de faire nos propres trucs. C'est pas une question de percer mais d'exercer.


PS : On essaye de programmer une interview, j'ai envoyé 2 lettres. Ce sera soit Rocé, soit le président de la république. (On préférerait Rocé).

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Peace

lundi 17 décembre 2012

Le mouvement Hip Hop et les jeux vidéos



Cet article sera, comme son titre a pu vous le suggérer, différent des précédents. Peut être certain d'entre vous reconnaîtrons ParappaTheRapper, jeu relativement célèbre de la Playstation, 1ère du nom.

Je n'ai jamais joué à ce jeu, n'ayant jamais été vraiment attiré par les jeux musicaux. Mais celui-ci est une bonne introduction pour aborder le thème suivant.

Lorsqu'une culture ou un mouvement en croise un / une autre, la rencontre ne se solde pas systématiquement par un conflit et une volonté d'assouvir sa domination, qu'elle soit physique, morale ou financière.

On recense beaucoup de cas d'association entre la culture vidéo-ludique et le mouvement hip-hop, que ce soit en France ou à l'étranger.

Le Wu-tang Clan à ainsi travailler en association avec Activision pour sortir un jeu de combat en 1999 sur Playstation. 

Bien qu'ayant reçu des critiques mitigés, il y a une différence concrète entre deux jeux dès lors qu'un de deux proposes une bande son comme celle-ci : 




Le mouvement hip hop et l'industrie vidéo-ludique étant deux courant ayant une politique de création et de re-création perpétuel, il est normal que les deux univers se rencontrent. On pourra ainsi rencontrer Eazy-E au détour d'une mission sur GTA : San Andreas.



Plus récemment, il est possible de se battre dans l'arène de Snoop Dogg sur le jeux Tekken Tag Tournament 2, jeux auquel il a participé à la campagne publicitaire.




Pour en finir avec les rappeurs US, sachez qu'on peut tous ou presque les retrouver sur les jeux du label Def Jam.




Revenons en France, ou les mariages Rappo-ludique sont moins nombreux mais existent néanmoins bel et bien. 

Pour les connaisseurs du jeu Saints Row 2 ( GTA-like), il est possible d'habiller son personnage avec des vêtements de la marque Ünkut (Booba).
Cependant ce pack de vêtements est une DLC, soit un contenu additionnel payant.. Sacré Booba, il essaye même de nous vendre des T-shirt virtuels.





Vous souvenez vous de ce son ? 





En 2006, Rohff apparaît aux côtés de Tony Montana dans un jeu réalisé par Brian de Palma. Rohff sort du coup ce son, sur lequel il prend quand même du recul sur le personnage de Tony Montana, normal, celui-ci étant un personnage de cinéma et non un idéal, comme certains rappeurs s'acharnent à nous le faire penser.


Mais les associations de Booba et de Rohff avec le monde vidéo-ludique résument t'elles les seules intéractions possibles ? Je pense que c'est surtout de la coopération pour la communication : j'ai joué à Saints Row 2, c'est un bon jeu, mais c'est le même avec ou sans le pack Ünkut.
Quant à l'apparition de Rohff dans Scarface, elle n'est ni évidente, ni significative.



Encore une fois, Booba et Rohff, que je respecte, ont "brillés" par leur implication commerciale néfaste dans une industrie qui n'en a pas réellement besoin.

On retrouve dans le monde du jeu vidéo les mêmes schémas que dans le mouvement hip hop en France.
Il y a en effet, d'un côté, les majors, c'est à dire les gros éditeurs géniteurs de jeux cultivant la forme et non le fond tels que Ubisoft et Assassin's Creed, ou encore Activision ( encore, oui) et la série des Call of Duty.

Peut-être certain d'entre vous prennent plaisir avec ces jeux, je ne le conteste pas, cependant avec un peu de recul sur les possibilités de création virtuels d'aujourd'hui, pourquoi essayer de pérenniser une lignée de jeux proposant, sans jamais grand changement, une vision américaine des conflits armées ?

Ces FPS se calquent les uns sur les autres et même s'ils proposent une approche différente au niveau du gameplay ou du scénario (ou pas) on retrouve toujours la méthode militaire américaine où l'élimination de l'ennemi augmente le score des joueurs.

D'un autre côtés, il y a les indépendants, les studios de développement pour qui la créativité ne se quantifie pas ni ne se valorise financièrement. Du côté français, on peut citer Eric Chahi, père du mythique mais difficile Another World en 1991. Ce jeu, Eric Chahi l'a développé tout seul, sans équipe. Il est aujourd'hui dans les collections du Musée d'art morderne de New York.


On retrouve donc, le même schéma d'intégration dans le mouvement hip hop et les jeux vidéos. Soit la créativité est au service de la rentabilité, soit.. la créativité fait vivre le mouvement d'elle même. La créativité est néanmoins un phénomène auto-nourrissant, qu'elle soit alimentée par une faim monétaire ne la discrédite pas nécessairement. Rappelons que de bons rappeurs ont ou sont signés sans que cela ne freine leurs créativité. A la manière des créateurs de Zelda, Miyamoto et Kondo chez Nintendo.



Côté musical, les jeux vidéo sont hip-hopement présent chez plusieurs artistes, par exemple :





L'intro et la mélodie principale seront peut-être reconnus de certains. La plupart des gens de notre génération la connaisse, puisque c'est un sample extrait du thème principal de Donkey Kong Country 2.
Je n'ai malheureusement pas la place de vous présenter les détournements hip-hop des thèmes des jeux vidéos de notre enfance, mais, même si certains sont brouillons ou approximatif, il y a souvent une véritable volonté d'associer les deux style.
Sizemen, le beatmaker français, à ainsi fait une beat-tape, en téléchargement libre, dans laquelle il présente des instru 8-bit.

En parlant d'instru, les OST des GTA depuis l'épisode III ( je ne connais pas avant) proposent du contenu Hip Hop soignés, que ce soit dans les radios ou les écrans de chargements, voici quelques extraits :

GTA III, hip hop à la radio. Cela ne regroupe sûrement pas tout les pistes hip hop du jeu : 




La soundtrack de GTA : Vice city n'est pas totalement orientée vers le Hip Hop, cela dépendant de la radio que vous écoutez, mais il y a de la part de Rockstar un vrai travail sur l'ambiance du jeu qui mérite à mon sens qu'on l'écoute, ou du moins l'entende : 




De part son univers, GTA San Andreas est un des opus les plus Hip Hop de la série, voici le son pendant l'écran de chargement :




Enfin, voici le son de l'écran de chargement de GTA IV, toujours la même touche rockstar qui vous plonge dans l'ambiance du jeu dès l'écran de chargement :




Certes les valeurs morales de la série des jeux GTA sont discutables, mais il est indéniable que le studio Rockstar possède un certain savoir-faire musicale, entre autres.

La série des Saints Row, qui reprend les mécaniques de jeu de GTA, propose quand à elle d'acheter (avec de l'argent virtuel) de la musique dans le jeu. Ainsi de nombreux artistes comme NAS ( Ny state of mind en particulier) ou encore Barrington Levy sont écoutables pendant que vous conduisez une voiture volée avec laquelle vous écrasez probablement tous les piétons à portée, pendant que vous tirez au UZI sur vos poursuivants. Aaaah, les jeux vidéos.


Merci à ceux qui suivent, retrouvez nous sur la page Facebook de Phase2rap

On a commencé à compiler quelques sons pas mal, c'est ici


(La tape de Sizemen en mode 8-bit est en téléchargement ici : http://sizemen.blogspot.fr/, je vous la recommande ainsi que les autres).

Pour les amateurs hip hop et jeux vidéos, Sebastien Abdel-Hamid, chroniqueur pour Canal Street, fait intervenir rappeurs et jeux-vidéos, mangas, etc.. et c'est marrant. 
Voici son blog : 
http://canalstreet.canalplus.fr/tendances/le-blog-de-sebastien-abdelhamid


C'est pas vraiment des jeux vidéos, mais c'est cool quand même : 






Peace

jeudi 22 novembre 2012

Lunatic - civilisé


Lunatic est sûrement l'un des groupes soulevant le plus de polémique dans le rap français. Personnellement, c'est le meilleur exemple de mélanges de styles d'écriture, de flows et de personnalités. Premier disque d'or en indépendant avec l'album mauvais oeil à une époque où les moyens de communications étaient limités, Lunatic est inscrit définitivement dans le paysage hip hop français.

Booba et Ali mélangent respectivement un flow minutieux emplies de métaphores ingénieuses et un flow plus calme, plus savant diffusant un savoir utile et lumineux.

Cette synergie s'illustre bien dans le morceau ci-dessous : civilisé. Deux versions de ce son sont disponibles, une sur le maxi civilisé (1999), et l'autre sur l'album mauvais oeil (2001). J'ai choisi la première version, préférant cette instrumentale.




La mise en parallèle des deux textes révèlent un constat (Booba) et son explication (Ali) :


Booba :

"J'suis bon qu'à pé-ra, à causer du tort au code pénal"

Ali :
"Le système développe trop de pièges, les gars racistes occupent trop de sièges"

Le premier lance l'idée, le second la développe. Les ouvertures sociales sont limitées au rap dès lors que le système les bloquent et ce à cause des personnalités au pouvoir. Cette complémentarité des écritures révèlent une construction minutieuse des morceaux visant à atteindre une retranscription juste du quotidien des deux intervenants. Certes beaucoup remettent en cause la légitimité de Booba en tant que "mec de la rue". Est-ce vraiment un important ? L'artiste s'intègre dans son mouvement et le fait avancer, représentant ceux qui le suivent. 

La retranscription la plus juste de la réalité est un des piliers du mouvement Hip-Hop. Le rap est un art subversif avant d'être un divertissement grand public.


Ali :

"Prisonnier du ghetto, du corps et pire celui de l'esprit,
Chaque jour qu'on respire est une épreuve pour nous,
mon trajet, 
une véritable tragédie,
Dans les ténèbres à chercher la lumière faut surtout pas que je dévie,
Ici bas je connais rien de l'avenir, 
Vu que j'ai pas la prophétie délivré à la tribu de Levi"

Rare sont les textes où l'on peut trouver une telle densité de connaissance. Ali présente une écriture précise, intelligente et humaine. Pas d'ornements inutiles, pas d'egotrip.
La tribu de Levi était l'une des douzes tribu d'Israël qui se consacraient uniquement à la religion et la transmission de la Torah. 


Deutéronome chapitre 7(9) :

C’est pourquoi le Lévi n’aura pas de part ni d’héritage avec ses frères (dans la

terre d’Israël), car l’Éternel est son héritage, comme l’Éternel ton Dieu te l’a dit.

Booba : 
"Et pour me traquer sur le ciment, Oublient leur jour du seigneur:
Ces fils de putains taffent le dimanche
Fais pas de blabla, chante pas de balades
Je reste dans le vrai
Même si faut qu'je graille
J'te jure, Wallaye,
Et si je dois caner
Naturellement ou d'une balle dans le dos
Quand je partirai faudra que je sois dans le dîn"


Malgré le conflit entre l'artiste et les représentants du système, le même problème se pose. La dernière phase suppose que Booba n'est pas encore dans le dîn ( style de vie orienté vers la soumission à Allah ) tandis que les "fils de putain" ne respectent pas non plus leur religion. Et pourtant chacune des parties prônent quotidiennement une haine envers l'autre.

La religion n'est-elle donc qu'une couverture pour cacher un malaise sociale ? 

L'opposition est rarement de nature religieuse, c'est une juste une idée intégrée dans l'esprit des protagonistes et des spectateurs pour dissimuler le fait qu'il y a une véritable faille socio-politique derrière le problème des banlieues, et, plus largement, des conflits entre les religions. Le problème est bien évidement la perversion des personnalités dirigeantes et la stupidité grandissante des masses.

L'obscurantisme religieux est en vérité un obscurantisme humain, c'est une question de pouvoir et souvent d'argent. 

Ali :

"De quoi je te parle ? De nos rimes et de nos instrus

Des vérités que nos lèvres articulent
Surveille le bien et le mal jusqu'à sa moindre particule
Vu que le diable manipule
Voudrait le monopole
L'humanité divisée,
Pôle
Sud contre nord
Civilisé
Je me dois l'être
Cultive la science semée par les ancêtres"

La division de l'humanité donne naissance au monopole des uns sur les autres. En clair, dès lors que l'Homme à rompu l'unité initiale le "diable", celui qui divise, unifie les hommes dans un système divisionnaire. L'Homme est donc rassemblé dans la division, et contribue, à chaque conflit, au renforcement de cette idée. 

L'humain doit agir en tant qu'être civilisé, c'est à dire vivre en communauté de façon à ce que celle-ci évolue positivement, tant sur le plan relationnel qu'environnemental. Délivrer chacun de ses besoins primaires afin de travailler à l'avancement d'une conscience lumineuse mondial.

Enfin, l'approche du savoir antique selon Ali est intéressante. Généralement ce savoir reste statique et est transmis à chaque générations. Chacune d'elles l'interprètent souvent (trop) librement. Cultiver ce savoir permet de ne pas le graver dans un contexte socio-temporel et le faire vivre en l'embellissant, le rendant plus humain.

Considérer une pensée, une idée, un concept comme fini est très réducteur pour celui ou ceux qui lui ont donné naissance.




"Etre civilisé, c'est avoir une parole et s'y tenir."
Jean-Guy Rens

"L'homme cultivé a son énergie dirigée en dedans, le civilisé en dehors."
Oswald Spengler

"Un homme civilisé, c'est celui qui aime mieux recevoir un coup de poing qu'une gifle."
Jules Renard




dimanche 28 octobre 2012

Fabe - Nuage sans fin







C'est assez difficile d'écrire un article sur Fabe, d'abord parce que j'ai dû choisir un son. En effet, sur l'ensemble de son oeuvre nombreux sont intéressant à écouter.


Fabe à commencé approximativement en 1991 et à arrêter vers les années 2000. On compte 4 albums et de nombreuses apparitions, comme sur les 11"30 contre les lois racistes et ses projets avec la Scred Connexion.


Même si je vous invite à écouter l'ensemble des ses titres, c'est le son "Nuage sans fin" que j'ai choisis. Celui-ci illustre bien le recul que Fabe avait sur le système, ses mécanismes vicieux et les pièges qu'il nous tend.




"La France est un manège et le président un forain,
le monde la foire du trône et on veux tous gratter tour un"


Parmi les nombreuses métaphore de Fabe, c'est une de mes préférées. Elle illustre fidèlement la dimension artificiel du système. La fête foraine c'est une place de loisirs où tout n'est que visuel, sans profondeur. L'absurdité de la fête foraine et parallèlement du système c'est que tout le monde sait qu'on ne peut qu'y perdre mais pourtant on joue quand même. Une attraction attire les visiteurs de deux façons différentes : le phénomène de masse et/ou les gains potentiels.


Le phénomène de masse : on fait parce que les autres font. Ce phénomène est perfide puisque même celui qui a compris ce mécanisme s'y intègre par son opposition. En soi l'opposition n'est qu'une autre forme de bergerie. Les marginaux se détachant de la première masse vont inconsciemment en créer une deuxième, ouvrant un nouveau marché pour les "forains".

"Puis tour à tour, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de place pour tous, La pilule passe mal, alors on s'pousse tous à bout, à bord d'accord
Ça sent la mort, on collabore, même si le plan c'est eux qui l'élaborent... "

Le système nous met en compétition en créant des besoins que tous ne pourront combler. Cette compétition divise et permet un meilleur contrôle des masses. La régulation interne se fait par les masses eux-même. Le système doit juste faire naître une inimitié en reprenant, par exemple, plusieurs fois, un même concept, une même information qui au fil du temps deviendra une vérité car les gens voient seulement ce qu'ils veulent voir. Et ce qu'ils veulent voir, c'est eux-même, pas les autres.


"Incitez, excitez, mais existez-vous pour nous mettre la corde au cou ou pour résister ?
Faudrait savoir, avoir de l'espoir c'est bien joli 
Mais pousser les gens à la guerre chars contre pierres, j'trouve ça pourri..."


La référence au film La haine et Ma cité va craquer est assez explicite. Ces films émeuvent les foules mais avec du recul, n'est-ce pas juste une autre caricature/mise en scène des banlieues ? Nombreux sont les oeuvres, films et livres qui invitent à la révolte, à l'indignation. Il ne suffit pas de le dire pour le faire, sinon il y à longtemps que les choses auraient bouger.

"Dorénavant aller de l'avant, ça veut dire avancer en bavant En buvant l'sang de ceux qui n'sont pas dans ton camp... "

"Ça ne me plaît pas, c'est pas que j'm'en fous, ou qu'j'm'en fais pas, 
Ça m'saoule qu'autour de moi la foule ne s'apprécie pas. "


La mise en compétition contrôlée est le principal vecteur de dissension au seins de nos villes. Les gens sont effrayés, en colère ou triste en fonction de ce qu'ont leurs dit de ressentir à propos de telles où telles communautés.


"Qu'autour de moi la jeunesse laisse filer sans finesse l'espoir, Laisse voir ses faiblesses, une histoire qui tourne en rond.
T'as vu nos vies tournent en rond, à cause de qui à ton avis ici on tourne en rond ? 
Et tu crois quoi, qu'j'vais dire que c'est à cause de l'Etat ? 
Quand tu plantes ton frère, est-ce que c'est Jacques Chirac qui prête son bras ?"


Nombreux d'entre nous sont pessimistes quant à l'avenir. C'est vrai qu'en ce moment chaque jours se ressemble. Mais après tout, c'est à nous de faire en sorte que ça bouge, c'est ceux qui n'ont pas encore bût dans le calice du vice qui pourront changer les choses. Il ne faut pas se laisser guider par leurs instructions : avec un peu de recul on se rend compte qu'ils n'exercent aucun pouvoir sur nous donc arrêtons de faire comme si.

"on nique la vie ou nous ?"



"Le mal s'accroît, on comprend pas, on n'a plus d'voix alors on n'répond pas. Le résultat : c'est l'abstention aux élections,
On fait une sélection, aucun de ces porcs n'a de propositions concrètes 
Et notre image ne se reflète pas dans leurs idées. 
Donc ils s'foutent de c'qu'on pense puisqu'on n'est pas représenté !"


Ce n'est pas en votant blanc (ou en ne votant pas du tout) que les choses bougeront ( le vote blanc n'est plus comptabilisé depuis 1985 ). Abandonnez l'idée de faire bouger les choses à travers les élections. Le fait même de voter te fera cautionner un système que tu condamnes. Ceux qui ont le pouvoir actuellement ne l'ont jamais demandé auprès du peuple, n'ont jamais fait de campagnes ni serrés de mains.

"Un monde à l'envers, un compte à rebours, c'est trop tard !
Regarde l'horizon, nos vies sont flouées par un sale brouillard... "


Les textes de Fabe sont denses et je vous invites à les découvrir. Sa vision des choses est plus qu'intéressantes et ses techniques artistiques ont été copiées mais reste inimitable. Voici son blog http://9mai1971.blogspot.fr/ où il explique pourquoi il a choisi d'arrêter le rap.


Merci.