mardi 30 juillet 2013

Le hip hop japonais #2 : influence américaine : assimilation et émancipation

King Ghidrah (Ghidrah est un dragon géant à trois tête issues de plusieurs films de Kaijû japonais)
Cet article fait suite à l'historique du hip hop japonais

L'influence américaine : assimilation et émancipation

A une époque où les médias et les produits américains influencent le monde entier, une question importante s'est posée : Quelles sont les effets de cette globalisation  ?

Pour certains rappeurs japonais, comme ceux du groupe King Ghidrah (cf photo au dessus), cette influence presque forcée implique une dégradation de la culture japonaise. Le hip hop américain ne serait pas compatible avec la culture japonaise puisque qu'il est né et s'est développé dans un contexte radicalement différent. C'est en s'émancipant de la culture américaine que le hip hop japonais deviendra pertinent. Cette idée s'exprime dans ce son de Kohei Japan :


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Ici l'Emcee joue sur l'idée de la dissociation des différentes cultures, américaines et nippones, en comparant leurs alimentations ( il mange "du riz, pas de pain, du poisson, pas de viandes). Le texte en entier est une métaphore filée des saveurs de sa musique, qui, à la manière de la cuisine japonaise, se distingue de la culture américaine.


Commercial ou underground ? 

En 1994, Scha Dara Parr, un des groupes pionniers, connu le succès en s'associant avec un guitariste pop. Après des millions de single vendues, le hip hop éveilla l'intérêt des maisons de disques. Cet intérêt fit naître un débat autour de la nature du hip hop japonais, de ce qu'il devrait être. Doit il être orienté pop, tournant autour de la fête et de la démesure pour toucher la jeunesse japonaise ? Ou doit il suivre la ligne protestataire du rap afro-américains et en dégager une culture hip hop spécifiquement japonaise plus hardcore et underground ? Lequel serait le plus réel ?

Pour le groupe King Giddra, le choix est fait : 

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King Giddra (1995) "Bullet of Truth"

MC Zeebra et K Dub Shine sont convaincus de la nécessité pour le hip hop d'être le porte voix de la société japonaise. Dans "Bullet of Truth", le groupe évoque le système éducatif japonais en l'accusant d'écraser les rêves des enfants, à la manière des médias omniprésents faisant la publicité du sexe et de la violence. Ceci menant à une sorte de contrôle mental.

"La société de crédit écrase même les rêves des enfants, c'est une bonne chose ?
Mais les choses changent, non ?
Et toi tu la fermes et tu te contentes de regarder ?
Le sondage de cette année chez les étudiants
dit que presque 1/4 d'entre eux n'à toujours pas de travail.
Sérieusement, il n'y a rien de plus qu'une discussion vide" 

(traduction approximative)

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King Giddra (2002) "911"

Dans ce son, le groupe met en parallèle deux période, l'explosion atomique de 1945 et les attentats du 11 Septembre en appelant à la prudence et à la réflexion sur les actions américaines aux moyen-orients.


Si vous souhaitez creuser un peu plus le sujet, je conseille ces vidéos, à la rencontre de la culture hip hop japonaise il y a 10 ans :


 et la suite ici


Dans la prochaine et dernière partie, je m'intéresserai aux conditions sociales propices à l'adoption du hip hop par la société japonaise.

Merci, on est toujours

samedi 27 juillet 2013

Le hip hop japonais #1 : Historique




Dans les médias spécialisés, on entend très peu parler du hip hop japonais en général. Pourtant, ce genre s'est très bien intégré à la culture nipponne et à vu naître des artistes talentueux et mondialement reconnus. De plus, il serait intéressant d'écouter (j’entends par là comprendre)
le rap japonais puisque la culture de ce pays est très différente de la notre et les thèmes qui pourrait être abordés dans les textes ne peuvent qu'être différent (pas d'immigration, un sens commun religieux moins politique et un déterminisme social plus prononcé) 


Un historique du hip hop japonais


Le contexte, la conjoncture, les cultures dominantes et l’histoire du japon fournissent un cadre particulier à la naissance de la culture Hip Hop. Bien qu’importé des états unis par Hiroshi Fujiwara, les japonais ont assimilé cette culture pour ensuite lui donner une évolution propre.
Le hip hop japonais aurait (aurait*, parce que le peu d'infos trouvées n'offrent pas plusieurs versions de l'histoire) donc été amené au Japon par Hiroshi Fujiwara.
Hiroshi Fujiwara est le parrain de la culture de Harajuku, qui est un quartier de Tokyo qui réunit les « avant gardistes » de la mode japonaise, cosplayer, gothique, emo. C’est une place sociale importante, un lieu de création mais aussi un lieu très commerçant.
Ce quartier à une histoire particulière étant donné que c’est anciennement un quartier d’occupation américaine. Des soldats mais aussi des civils y habitaient. A l’époque de nombreux jeunes japonais s’y rendaient, curieux, arpentant les magasins qui ciblaient la classe bourgeoise japonaise et américaine.
A la fin de l’occupation américaine, les quartiers désertés furent investis par les designers de mode, les artistes,  les photographes..
Harajuku compte 2 rues principalement commerçantes, appelées les champs élysées de Tokyo.
Les jeunes qui traînent dans ce quartier sont appelés les « tribus » d’harajuku et veulent se distinguer en développant une culture communautaire marginal, parfois rebelle.  En effet, il y a par exemple le mouvement des « Blackfaced » qui se rebelle vis-à-vis de l’idéal de beauté traditionnel japonais qu’est le teint pâle et les cheveux noirs en se noircissant le visage et s’éclaircissant les cheveux. (influences afro-américaines, proche du cliché californien).


Le style Ganguro, assez soft ici
C’est dans le secteur de Ura-Hara, toujours dans le quartier d’Harajuku, que se réunissent les gens issus culture Hip Hop. Cette communauté s’oppose à l’autre, vivant plus caché et étant plus reservé.

C’est donc dans ce quartier qu’Hiroshi Fujiwara, parrain de la culture Harajuku, aurait commencé à passer des disques de Hip Hop au début des années 1980. Aujourd’hui, le HH est un des genres commerciales connaissant le plus de succès au Japon. La frontière avec la Pop y est souvent flou.
Un peu moins ici
A son début, le HH et sa culture était plutôt modeste et informel. Bien que déclencheurs d’un mouvement culturel important, il n’y avait pas d’intérêt pour le Hip Hop de la part des maisons de disques et de l’industrie musicale japonaise en général.
En 1983, c’est le break dance qui connait un essor. Shows, live, films, influences américaines, popularisent le break dance, laissant le DJing et le rap plus en retrait.


Takagi Kan, Acteur hip hop de la 1ère génération sur le break dance :


« Danser à un impact visuel que tout le monde peut recevoir, comprendre. Quand viens le temps de danser, il n’y a plus de barrière du langage. Le break dance à servit de base pour diffuser la culture hip hop au Japon. »

Des artistes de rue commencèrent à se réunir dans le parc Yoyogi, dont Dj Krush. L'avènement des Djs japonais fût la seconde étape du développement de la scène hip hop japonaise, ce qui conduit à l'ouverture d'un premier club hip hop en 1986, à Shibuya. Il faudra attendre 1994/1995 pour que le rap connaisse un succès commercial notable avec des groupes comme Scha Dara Parr.


Depuis les années 2000, la scène hip hop japonaise à grandit et s'est diversifiée. Le rap et la culture hip hop dans sa globalité ont connus un succès commercial important. De ce fait le hip hop est devenu un style musicale populaire et l'un des plus commercialement viable. Un nombre important de scène hip hop se sont développées, du rap/rock au "hardcore gangsta", spokenword/poésie, rap/techno, rap antigouvernemental, pro-marijuana, rap Heavy metal et ainsi de suite.
En parallèle s'opéra un tournant dans la culture hip hop japonaise lorsque quelques artistes se sont concentrés sur des faits psychosociologiques propres à la société japonaise, se détachant ainsi des thèmes souvent copiés au hip hop américain.



Le sujet étant vaste, il y aura plusieurs parties. L'article suivant : l'influence américaine sur le hip hop japonais et l'émancipation de cette influence.



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