dimanche 5 avril 2015

[Chronique] Kaaris - Le bruit de mon âme



Etrangement annoncé, "le bruit de mon âme" ne s'est pas vraiment fait attendre. Après quelques extraits semés généreusement depuis Septembre 2014, Kaaris a annoncé très simplement mi Février l'ouverture des précommandes ainsi que la date de sortie du projet, en même temps.

Je me suis demandé lors de ces annonces pourquoi n'avait-il pas pris soin de travailler sa promo comme pour son premier album. La réponse semble évidente, la fan base était prête, le contrat avec Def Jam était signé, et le buzzclash avec Booba lui assurait une promo gratuite, pour peu d'accepter de passer pour un con.


DEF JAM ?

Après "Or Noir" qui était sortit sur AZ (Universal) et suite au clash, Kaaris et Therapy Music ont rejoins Def Jam.

Def Jam est un label relativement vieux, mais qui n'a ouvert sa branche en France qu'en 2011.
Affilié à Universal, le label est dirigé par Benjamin Chuvalnij, un ancien du mouvement puisqu'il était également le créateur d'Hostile Records (Ärsenik, Soprano, Rohff, Diam's...).

Parmi les artistes signés sur le label, on retrouve :

Alonzo, Akh & IAM, Dinos Punchlinovic, Disiz, Dosseh, Eklips, Joke, Kamelancien, Kool Shen, Lacrim, Mister You.


Récemment Def Jam à lancé un vaste plan de signature de tout les gars qui tournent autour de la drill/trap. Même si j'ai pas tout compris de ce plan, il me semble qu'ils essayent de faire une écurie à thème, histoire de capitaliser sur les tendances actuelles. C'est ingénieux de regrouper les publics de chaque artistes, les effets d'annonces sont plus explosifs, c'est malin. 


LE BRUIT DE SON ÂME

Comme d'autres, j'espère, j'ai eu beaucoup de difficultés à l'écoute de l'album.

En effet, l'écriture n'a pas changée d'un poil, et les prods de Therapy sont redondantes, la monotonie étant le problème que l'on retrouvait déjà avant la fin de l'écoute de "Or noir".

Ceux qui n'ont pas été dérangés par ceci, pourront appréhender LBDMA naturellement.
Personnellement, j'ai parcouru péniblement l'album. Arrivé à la douzième piste, le morceau éponyme, je me suis rendu compte que je n'ai pas retenu une seule phase des morceaux précédents, pire encore, j'ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur l'écoute. 

En s'arrêtant un moment sur les textes, on notera la persistance des thèmes dans l'écriture de Kaaris. 
Ces thèmes, usés encore et encore par K2A lui-même mais également par tellement d'autres, sont fatiguant. Les métaphores s'articulent sur quelques axes principaux.

Les saletés sexuelles, les narcotiques, l'argent, le game, la violence. A l'écriture de cette dernière phrase, j'ai eu l'impression de rédiger l'introduction d'un reportage envoyé spécial. C'est simple, je suis resté indifférent à toutes les phases de Kaaris. Les références sont les mêmes, on reste en terrain trop connu, malheureusement. 

Sur le plan textuel, LBDMA n'est pour moi qu'une réactualisation du premier album qui avait surpris par son écriture particulière. Une fois la surprise estompée, on s'apercevra que les différents morceaux des deux albums sont interchangeables.


KIM JONG 2

Cependant, on remarquera quelques nouveautés, heureusement.

Rares sur le premier album, les deuxièmes voix sont plus présentes sur ce projet, les phases se trouvent plus appuyés, plus profondes. La force de l'album réside toujours dans l'omniprésence de Therapy Music, on sent que les prods de l'album ont dirigées directement l'écriture et  le flow de Kaaris. 

On notera diverses variations de flow, on pourrait s'en réjouir si ceux-ci n'avaient pas été simplement emprunté à Kendrick, Chief Keef, etc... Cependant Kaaris ne s'en cache pas, alors j'imagine que c'est acceptable.

Au final ce qui apporte le plus de fraîcheur dans l'ensemble de ce premier album, c'est l'imagerie du projet. Les 7 extraits sortis avant l'album sont clipés, je ne pense pas que ce soit terminé.

Le duo de Beatmaker (2093 & 2031) au coeur du label Therapy Music jouit d'une certaine popularité parmi le public français. Avec Kaaris, ils ne sont pas seulement ses beatmakers, c'est 2093 qui dicte bien souvent à K2A comment poser sur les instrus. Le rappeur ne s'en cache pas, encore une fois, il faut le savoir. Pour bien comprendre, gardez en tête que tout ce que vous trouverez de nouveau dans cet album ne sera probablement pas l'initiative de Kaaris.






En conclusion, il est intéressant de noter que le premier extrait (Se-vrak) de l'album est sortit le 25 Septembre 2014, et n'a pas été annoncé comme tel. Il était d'ailleurs disponible gratuitement. Cela peut paraître étonnant mais, n'étant qu'un remix, c'est compréhensible.

Pourtant, à l'annonce du second extrait, "Comme Gucci Mane", le 27 Octobre 2014, il n'était toujours pas précisé qu'un album approchait.

08 Décembre 2014, le troisième extrait, "80 Zetrei", n'annonce toujours pas l'album, mais l'ouverture du shop BTTF

Le 14 Janvier, "Magnum" est dévoilé, celui-ci n'annonce toujours pas l'album, le titre est disponible gratuitement.

L'extrait suivant (12/01/15), toujours pas annoncé comme tel, est le morceau "Mauvais Djo", celui-ci est présenté comme un freestyle.

Il aura fallu attendre le 20 Février pour que le morceau éponyme, qui annonçait les dates de précommande et de sortie, ne soit révélé. 

Le dernier morceau extrait sortira le 04 Mars 2015, et marquera l'ouverture des précommande.

Plusieurs déductions sont possibles,je pense que si les prises de risques de l'album sont minimes, et les nouveautés quasi-inexistantes, c'est probablement parce que tout ces morceaux étaient déjà écrits ou ont été écrits dans le même contexte que le premier, de la même façon, et probablement sans réelle envie de proposer quelques choses de différent.

Finalement, pour apprécier l'album, il vaut le mieux le considérer comme une ré-réédition du premier, ça rend le tout plus cohérent.








J'ai décidé de modifier la diffusion sur le blog, je me concentrerai ici uniquement sur les chroniques albums. Je travaille cependant sur un autre format, que je diffuserais par la suite. Pour se tenir au courant, rejoignez nous sur Facebook, Twitter, ou G+.


Merci




samedi 28 février 2015

[Chronique] Gradur - L'Homme au Bob





Exercice compliqué ici puisque j'ai décidé pour la première fois de chroniquer un album. Et pas n'importe lequel, celui de Gradur.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de clarifier les raisons pour lesquelles j'ai choisi cet album en particulier. Je trouve que Gradur représente fidèlement la trap music sudiste d'Atlanta. Le courant de la trap à pris de l'ampleur en France notamment grâce à Therapy qui depuis quelques années nous ponds des instrus souvent similaires et c'est aujourd'hui peut surprenant d'en entendre sur les projets de nos chers rappeurs français. De plus, le parcours de Gradur offre de nombreux points intéressant à étudier.



Gradur est un gars intelligent





Au regard de son court parcours, Gradur à réussi beaucoup de choses avec brio. Si, certes, il dit en interview qu'il ne rappe pas sérieusement depuis très longtemps, à l'écoute de ses sons et de l'album, on devine que c'est un grand auditeur de rap US. Et cela se ressent, L'atmosphère propre à la Dirty sourth est respectée, on sent que l'ancien militaire sait ce qu'il fait.

Et ce qu'il fait, il le fait intelligemment. Se lancer dans une série de freestyle, certes non masterisés, mais diffusés hebdomadairement lui à facilement permis de rassembler une certaine communauté autour de lui. Il faut également noté qu'à partir de son deuxième freestyle remix de LMLVSB de Booba ce dernier l'a partagé, ce qui à vraiment confirmé le potentiel commercial du projet musical de Gradur (73 millions de vues sur Youtube, des freestyles à 10 millions, c'est peu courant dans le rap français). Signé chez Universal peu après, il fera disque d'or en 3 jours avec son premier album.


Une écriture particulière

La plupart des contradicteurs de Gradur (et de la trap en générale) accusent une écriture souvent négligé voir faible, des prods redondantes et un flow partagé par 20 mecs. Et ces gens là n'ont pas totalement tort, mais ne font pas non plus l'effort d'essayer de se contredire. En écoutant l'album de Gradur, je n'ai trouvé aucune ressemblance frappante avec l'album de Kaaris, par exemple. Cependant d'autres en trouves, Gradur en est conscient puisqu'il leur répond dans le son "confession" :

"tout ces pd me comparent à kaaris ils savent pas différencier le trap"

Selon lui, le problème vient de la méconnaissance du genre pour ceux qui critique. Une idée pertinente puisqu'en s'attardant sur la scène trap d'Atlanta les mêmes schémas existent, de la ressemblance des instrus aux flows qui se comptent sur une main.

Personnellement, je trouve l'Homme au Bob plutôt original quant à la concurrence. L'écriture de Gradur est particulière quand on s'attarde sur sa simplicité (simplicité déja démontré par la série de freestyle, concept simple mais efficace c.f. : la sexion d'assault, l'animalerie..).

Les phrases sont construites à l'instinct et l'abondance de conjonction et autres pronoms personnels les rendent souvent très très longues. Par simplicité, j'entend que Gradur écrit comme il parle, et décris des choses simples de sa vie quotidienne. La métaphore est largement moins présentes que dans l'écriture de Kaaris, Dosseh, Lacrim, Niro, Joke etc.. Ce qui apporte de nouvelles choses, une dimension particulière à sa musique.

D'ailleurs en Interview, il souligne le fait qu'il écrit avant tout pour ses potes, pour ceux qui se reconnaîtront dans les divers événements raconté par l'homme au bob. Au fond, il rappe comme il parle, et ce, sur des instrus qui font 70% de la force des morceaux.


"j'écris mes textes aux toilettes, c'est mieux pour rapper de la merde, mais bon ça me fait rapporter 3 fois plus que le salaire du maire, alors j'en donne à ma mère, ça lui fait oublier que je suis vulgaire"


Cette phase extraite du morceau "Calibre" répondra directement à ceux qui reprochent au genre d'effacer la pertinence des textes et s'enliser toujours plus dans la vulgarité, l’obscénité. Même si l'avouer ne permet de se dédouaner de la faiblesse de certains passages, Cette phase donne une dimension plus humaine au morceau et à l'album puisqu’elle s'adresse directement aux contradicteurs en leurs confrontant le projet musical de Gradur, les choix qu'il a fait et sa vision des choses, Cette phase se lit plus comme un contre-argument qu'autres choses, l'aspect humain amène le vécu de Gradur au coeur du texte et rend la critique objective plus compliquée.



Je n'ai pas apprécier écouter cet album. Les freestyles non plust. Je trouve ses flows souvent maladroit et sa façon de crier lorsqu'il est hors tempo me gêne dans l'écoute. Son écriture est plutôt faible, les anaphores et redondances omniprésentes à travers les 17 pistes de l'albums rendent le tout assez dense, indigeste. Indigeste, oui, parce que ces 17 tracks sont pour la majorité construites suivant la même structure.

Cette incapacité à renouveler le style traduit,une certaine candeur dans la réalisation du projet. C'est à dire qu'après l'écoute des 5 premiers morceaux on commence à ressentir le moule, la structure de l'album et de tout ses morceaux, et ce n'est ici pas de l'ordre de la simplicité, mais probablement de l’inexpérience. Je ne reviendrai pas sur les feats qui ne sont pas surprenant, à noter quand même la présence de Migos et Chief Keef, respectivement signé chez Warner et une fililale d'Universal.

En somme, je pense que Gradur à sût saisir l'atmosphère du moment, et d'en profiter. Son succès n'est pas le fruit du hasard, sa stratégie à été payante, On peut penser que le type de public peut expliquer le succès d'un projet aussi bancal, en effet de nombreux enfants et adolescents écoutent Gradur, et ceux-ci sont ceux qui achètent (disques et T-Shirt). On pourra également parler d'un effet de mode, c'est possible, mais il est encore trop tôt pour l'affirmer.

A défaut de fournir un projet solide, le détenteur d'un BTS management des unités commerciales donne une belle démonstration de marketing et de communication.

Merci de votre lecture, n'hésitez pas à réagir, partager, etc..





samedi 31 janvier 2015

LE PARALLÈLE PARNASSIEN - LA MATIÈRE RAPOLOGIQUE

Apollon et les muses sur le Mont Parnasse, par Pierre Brebiette (1598 -1650)


Cet article fait écho à celui du mois dernier, dans lequel j'ai abordé la consommation musicale à travers les processus de production propre à l'industrie et ses modèles économique. En établissant aujourd'hui un parallèle entre le rap et la poésie, et plus particulièrement le mouvement parnassien, je vais essayer de faire ressortir différentes façons d'aborder le rap et plus largement l'objet musical.


En associant le rap à la poésie, n'en déplaise à certains, on dispose de plusieurs siècles d'étude de la rime et de ses nuances. 
Construits puis déconstruits, les mots, leurs associations et leurs enchaînements, ont étés pensés, manipulés, étudiés, débattus.



"Ils tentent d'étouffer notre art faut être honnête
Ils refusent de reconnaître qu'en ce siècle les rappeurs sont les héritiers des poètes"

Kery James, A l'ombre du Show business (2008)
Le texte entier peut se lire en parallèle avec le 
poème de Victor Hugo la fonction du poète (1840)



Le mouvement parnassien (dont le nom fait référence au Mont Parnasse, en Grèce, associé à Apollon et ses 9 muses, le dieu des poètes et plus encore) est une mouvance poétique du 19ème siècle qui se caractérisait par le rejet du lyrisme et de l'engagement social et politique de l'artiste. Prônant l'impersonnalité et le refus du "je", le mouvement parnassien se définit autour d'outils rhétorique et de figure de style, souvent la métaphore, pour travailler la "matière poétique".

Le concept de matière poétique est intéressant dans la mesure où celui-ci offre une existence métaphysique à la construction lyrical, permettant ainsi une appréciation esthétique plus profonde de la technique. Ainsi, l'artisanat poétique, les structures textuelles et le son des mots sont autant d'aspects de la poésie qui contribueront à la beauté d'un morceau.

Fort de métaphore, ce mouvement définit le beau par la danse des images et la mélodie des mots, en dehors de tout revendications ou émotions personnelles.


"Les dieux eux-mêmes meurent, 
Mais les vers souverains 
Demeurent
Plus forts que les airains."

Théophile Gauthier, l'art (1852)



Si j'ai choisis le mouvement parnassien dans le cadre du parallèle entre la poésie et le rap, c'est justement parce que cette "matière poétique" peut-être transposée en "matière rapologique". Certes l'impersonnalité se fait rare dans les textes de rap, mais le rejet de l'engagement social et politique existe bel et bien.
Certains définissent la force d'un morceau aux thèmes qu'il aborde, aux vérités qu'il met en lumière. Ainsi, une catégorisation des morceaux relatives aux engagements de l'artiste peut s'effectuer, consciemment ou inconsciemment, de tel façon à ce qu'une hiérarchie latente formate les écoutes de chacun. Mais en changeant de perspective d'écoute, en basculant sur une vision parnassienne du rap, on pourrait être amener à apprécier la force d'un morceau à travers sa structure et sa technique.

On en revient de cet manière à la théorie de l'art pour l'art, qui dépolitise tout oeuvre et oppose le beau à l'utile tout en jouant du matérialisme de la chose artistique. Vouloir s'affranchir de la morale en donnant une certaine autonomie à l'art, comme un libre-arbitre.

Là où le parallèle est intéressant, c'est que le rap à beaucoup de difficultés à se faire reconnaître en tant qu'art. Le rappeur est souvent considéré, au mieux, en tant que porte-parole des classes populaires.

Considérer la "matière rapologique" c'est se libérer des codes du rap, des critères de bon ou mauvais, de vrai ou de faux, de l'industrie et des médias. Tout ceci en s'offrant des perspectives plus profondes, puisqu'il serait possible d'apprécier un morceau indépendamment de l'image, du marketing.
C'est apprécier un morceau comme une sculpture, en y remarquant les assonances et les allitérations, individuellement, puis globalement. Ce maniement des mots, associés aux métaphores caractériserait le beauté d'un morceau.


L'art pour l'art(isan) ?


Concernant les intentions des créateurs, le parallèle parnassien est également intéressant. En effet, si, aujourd'hui, le but ultime est le consommateur, ceci peut changer si l'on entend bien la matière "rapologique". Dans la mesure où l'effort, le travail, l'exercice de l'art(isanat) des mots caractérisent la beauté du morceau, l'auditeur ne pourra accéder à cette potentielle beauté sans les outils nécessaires à sa compréhensionC'est certes une démarche quelques peu élitiste, mais à mon sens plus valorisante pour le rap en général.

Sans des connaissances en la matière, l'essence même du morceau, attaché au culte de sa propre forme, reste caché à l'oreille du profane. Seul les auditeurs érudits, studieux et soucieux, peut-être eux-mêmes des artistes, ont les clefs pour reconnaître la pertinence de l'effort, un peu comme un morceau de Lino.



Ainsi s'achève le 33ème article de ce blog. 
En attendant le suivant, rejoignez-nous sur


mardi 30 décembre 2014

Les intentions du créateur définissent-elles les habitudes des consommateurs ?


Les habitudes de consommation musicales se définissent par le moyen par lequel l’individu va entrer en contact avec l’art ainsi que le degré d’implication de son esprit dans l’écoute. Ainsi, l'évolution des supports engendre naturellement et irrémédiablement un profond renouveau dans notre façon d'aborder l'objet musical. 

La consommation, dans son essence, découle de façon plus ou moins complexe de la production. Les processus de création et environnements des créateurs caractérisent largement ce que sera le produit finit. 

De ce fait, l'artiste et son équipe sont responsables du produit qu'ils livreront au public.

Dès lors, la problématique suivante se pose :


Les intentions du créateur définissent-elles les habitudes des consommateurs ?


Les singles sont l'exemple type de la consommation musicale. Il était banal d'en trouver dans les bacs jadis, le concept s'est exporté depuis, inondant les plateformes de téléchargement légal et de streaming. 

Un single, c'était Face A / Face B, ou double Face A et était souvent des morceaux extraits d'album également en ventes, sans rarement de différences, souvent accompagnés de la version instrumentale.
Je trouve compliqué de comprendre pourquoi ce concept à existé, et continue de le faire, tant il est à l'opposé, selon moi, de la façon dont le rap, et plus largement la musique s'écoute, se pense.

Une discographie est une galaxie, un album est un univers, une dimension. Lorsque j'apprécie un titre, je ne me dis pas naturellement que je vais acheter ce morceau et l'ajouter à ma playlist de morceau unique. Non, je cherche le dernier album et l'écoute, puis je creuse jusqu'à avoir tout écouté. 
Ma carte SD de 16 giga est donc remplie d'album, et non de single, et c'est ainsi que je me construis un avis global sur les artistes que j'écoute. 

Pour en revenir à la problématique, la partie la plus intéressante du raisonnement est la suivante :
Selon une étude récente, 56% des consommateurs de musique digitales utilisent le "ripping", c'est à dire qu'ils téléchargent la musique qu'ils écoutent directement sur Youtube à l'aide de convertisseurs mp3.
Cette donnée est intrigante, puisque même en utilisant des pratiques à la limite du légal, plus de la moitié de ces consommateurs reproduisent les schémas de l'industrie.

Pour approfondir, disons que l'industrie, avec les singles, surf sur les tendances plus facilement. Or, le conditionnement du single peut-être limitant puisque l'offre domine la demande, ce qui efface l'action d'approfondissement, de recherche de l'auditeur. La joie de découvrir un bon morceau à l'écoute de l'album recule, le morceau en question est choisit par le créateur. Considérer l'acte d'achat musical différemment, en le combinant avec des pratiques illégales d'écoutes, permet justement de s'affranchir des règles de l'industrie et de découvrir perpétuellement. Voilà pourquoi ce chiffre, 56%, m'étonne beaucoup. Il m'étonne parce qu'il signifie que pour certain, même en basculant dans l'illégalité, retombe dans les facilités de l'industrie, dans ses pièges.


Mais ce n'est pourtant pas si étrange, en tout cas d'après le père du libéralisme, Adam Smith, selon qui le consommateur est la cible final, le but ultime de toutes productions. Il est dès lors normal, enfin, logique que le consommateur agissent ainsi, puisqu'il à été formé, son esprit structuré, depuis sa première tirelire, à l'acte d'achat, instantanéité de la consommation. D'ailleurs, celui-ci étant trop idiot ou la propagande si forte, des lois protégeant le consommateurs fleuriront au fil du temps (dès 1960 aux Etats-Unis).


On pourrait répondre à la problématique de la façon suivante : les intentions du créateur définissent-elles les habitudes des consommateurs ? 
Oui, à hauteur de 56%.

Mais vous conviendrez que cette réponse n'en est qu'une seulement sur la forme, ce qu'il faut retenir en conclusion, c'est que la société de consommation cristallise le système moderne et ses caractéristiques, soit la publicité et le marketing, l'instantanéité de l'acquisition, l'image et la propriété. Les dernières preuves en date sont ce flow propre à la trap, court et saccadé. Là où le texte s'efface et laisse place à des bribes de mots, parfois frôlant l'absurde ou le ridicule. Comme si les filaments textuels ne comptait peu ou pas, n'était là qu'au service d'une autoproclamée punchline, souvent faible, qui plus est.



Plus de statistiques : 


Si, dans un système libéralisme, la cible finale est le consommateur, d'autres conception de la consommation musicale existe, c'est ce que je présenterais dans le prochain article.

Pour se tenir au jus, rejoignez-nous sur Facebook






dimanche 30 novembre 2014

Radio France, premier sur le rap

Au début je voulais écrire vite fait un truc sur Booba et Kaaris qui se clash alors qu'ils annoncent tout deux un album, sont tout deux affilié à Universal, mais ça me gène un peu parce que c'est chiant et vraiment banal.



C'est pourquoi en ce mois de Novembre 2014 nous allons parler de France Inter, France Culture (soit Radio France) et finalement tenter de comprendre la soi-disant victimisation médiatique dont le rap souffrirait.

"Soi-disant" parce que même si les gars se plaignent de ne pas être invité dans les grands médias ils sont toujours plus ou moins présent là où ils sont censé exister, c'est à dire dans le rap. On retrouve dans les émissions de l'abcdrduson ou CPHH sur N-da-hood les tendances, les différentes sorties, des sujets de discussions actuels, de plus ou moins bonnes qualités.




Reste à savoir où est ce que le rap doit se tenir, pour Skyrock il semblerait que cette musique soit parfaitement à sa place entre des publicités, de l'électropop dégueulasse et des émissions d'autistes.

Bref, Skyrock, premier sur le rap.

Mais non en fait, pas du tout, parce que quand Skyrock programme 90% de merde à consommer comme un quelconque produit de grandes surfaces on a envie de se dire c'est pas possible, quelque chose de mieux doit exister ailleurs,

après 25 ans de rap en France c'est chaud quand même de se dire :


"Tiens je vais écouter du rap, je vais mettre Skyrock"


Si comme moi vous n'écoutez pas seulement du rap mais êtes friand d'émission spé, Skyrock est loin d'être satisfaisant, il faut plutôt se tourner vers d'autres radios telles que France Inter et France Culture, qui n'ont pas la même approche de la musique. Il m'a en effet semblé que ces deux radios proposent une façon différente d'écouter et de comprendre la musique, en général. Peut-être que je me trompe, mais de ce que j'ai écouté, les interventions des acteurs de la scène hip-hop sont bien plus intéressantes sur ces radios généralistes que sur Skyrock. 

On ne parle pas d'émission spé hip hop mais d'émission plus en phase avec ce mouvement, plus intelligentes sans pour autant s'y réduire. L'ultime exemple est pour moi cette émission :




Parce qu'on y parle de musique à proprement parler, hors des clichés et des banalités souvent traînés sur les pseudos radios spé, on y apprend des choses et c'est frais, intéressant, doux à l'oreille.


Je trouve ça compliqué aujourd'hui de dire que le rap est boycotté parce qu'on lui accorde largement la parole, même si c'est dans des périodes de clash, radio France  donne la parole à des mecs qui peuvent dire "c'est pas ça le hip-hop, ces gars là font pitiés"


L'une des particularités du hip-hop est que c'est un genre musical peu accessible, qui oblige (quand on est sérieux) à creuser, approfondir et chercher les mecs qui font des choses biens, comme ces gars là (qu'on a déjà partagé sur notre page fb) :


Plus de bonnes choses : http://gasface.net/


Si le rap est le reflet d'une certaine réalité, il est évident que ce n'est pas celle qui est largement mis en avant par les médias. Ce n'est pas parce que le rap est rap qu'il est traité ainsi, mais parce qu'il reflète une réalité pas intéressante pour la plupart des émissions. 

C'est un fait mais pas une fatalité puisqu'on peut toujours compter sur des gens bien pour reconnaître un talent artistique, musicale, plutôt qu'une polémique. Et c'est ceci que je voulais souligner dans cet article. J'ai pris l'habitude d'être assez toxique, c'était l'occasion de changer un peu en partageant des choses que j'ai aimé.

CLIQUE CLIQUE (sur l'image parce que j'arrivais pas à intégrer le lecteur sur le blog alors j'ai feinté)


Si j'ai plusieurs fois dit que le rap devait se débarrasser de ses clichés c'est sa généralisation qui l'a codifié parce que, comme soulignés dans l'émission ci-dessus, les médias ont une grosse part de responsabilités dans la construction de la scène hip-hop. Pour tirer vers le haut le mouvement, il faut donc que les artistes comme le public choisissent intelligemment  les médias qui se feront le relais de la musique qu'ils aiment.


Pour se tenir au courant des bonnes choses, rejoignez nous sur Facebook ici même
Mais surtout, creusez !

vendredi 31 octobre 2014

Le hip-hop du futur #2



Dans cette seconde et dernière partie sur le sujet (ici la première partie), je conclurais en m'intéressant à la tournure potentielle que prendrais le rap en fonction de l'idéologie dominante, de l'évolution du public et du devenir des médias.



Si dès le début le rap s'est diversifié, tant au niveau des textes que de l'image renvoyée, on peut observer qu'une des directions prise, très calquée sur les états-unis semble suivre l'idéologie dominante. Aujourd'hui, c'est le libéralisme libertaire. (cf le livre de Cardet).

Pour plus de précisions, la page wikipédia est très fournie, pour comprendre la totalité de la pensée, voir les livres de Michel Clouscard.


On remarquera que cette branche du rap suivant l'idéologie dominante comprend majoritairement les artistes signés ou affiliés aux maisons de disques. Ce faisant, ils sont également très proche des réseaux de communications mainstream tel que les radios ou la télévision.


Si l'idéologie venait à évoluer, ce mouvement suivrait-il ce changement ? 


S'il on passait d'un capitalisme libéral libertaire à une forme de capitalisme plus restrictive à cause de carences en matières premières, ces rappeurs prônant le superflu et l'accumulation de bien changeraient t'ils leurs discours ?

Nous savons que cette année nous avons dépassés le seuil écologique de notre planète, c'est à dire que nous consommons plus que la planète peut nous fournir. Dans une telle conjoncture, quelle serait leurs place ? 

Les conflits se multiplient, les experts du maniement d'armes iraient t'il se battre si une guerre pointait son nez ?

En somme, que serait le rap s'il ne vendait plus ?


Vers un public extrémiste ?


La culture et l'art sont des places fortes de l'idéologie, parce que la publicité y est fortement présente et y touche son coeur de cible très facilement. Il est difficilement envisageable que la publicité se réduise au fil des années. Je pense plutôt que celle-ci se fera toujours plus intrusive, ciblée et répétée. 
Le plus gros problème des messages publicitaire aujourd'hui est que les générations les plus jeunes délaissent la télévision et la radio, ayant compris qu'internet permettait plus de liberté, en particulier celle de choisir ce que l'on veut regarder / écouter.

Mais par bonheur, ces mêmes générations sont les plus adeptes de rap, donc ne seront probablement pas épargnées, voir matraquées.

Si on a pu apercevoir le public se diviser le temps d'un tweet, d'un clash ou d'une incarcération, j'ai le sentiment que le futur nous réserve pire que ça. En cherchant toujours plus la proximité avec le public il est possible que celui-ci passe du statut de fan à celui de militant. Aussi stupide que ce soit, c'est pourtant un phénomène qui est déjà apparu par le passé et qui pourrait se normaliser dans le futur.


Une banalisation des médias spécialisées ?


Avec des dispositifs tel que chromecast, qui permet de faire basculer n'importe quel programme de son smartphone / tablette à sa télévision, il est probable que l'écran ne devienne qu'un écran. J'entends par là que pour beaucoup la télévision est un concept comprenant l'écran et les services qui l'accompagnent. J'évoqué plus la possibilité de choisir, qu'un internet propose. Or, on pourra désormais choisir sur internet pour le jouer sur sa télévision. Après une possible transition démographique, les lobby audiovisuel n'auront d'autres choix que de s'adapter.

Se posant en animateur idéologique, les rappeurs pourraient remplacer les chaînes de télévisions. Pourquoi ne pas imaginer des applications mobiles au nom de gros artistes ou des codes du milieu, proposant de l'infotainment et des micropaiements par milliers à son public. 
Booba, par exemple, ne représente pas qu'Elie Yaffa, ce n'est pas qu'un seul homme, ni qu'un seul produit. Booba pourrait très bien devenir un média du divertissement à lui seul. 
Le phénomène de centralisation (cité dans la partie 1) pourrait banaliser également les superstructures virtuelles, ainsi, ce n'est plus les maisons de disques qui tiendront les médias, mais les médias directement qui produiront les artistes.


edit : voir le site de Booba www.oklm.com


En conclusion :



Donne ton avis dans les commentaires ou rejoins nous ici :



mardi 30 septembre 2014

Le hip-hop du futur #1



On peut facilement comparer le rap d'avant avec celui d'aujourd'hui et comprendre que l'esprit hip hop s'est transformé avec la popularisation du style, que deviendra t'il dans 20, 50 ans ?

Naturellement je n'imagine pas l'évolution du mouvement indépendamment des progrès technologiques et des avancements de l'outil internet. Dans un premier temps, je vais m'intéresser aux possibles changements des thèmes et des formats de diffusion.



Vers une évolution des thèmes



Il est commun de défendre l'idée que depuis 90 les thèmes et les préoccupations ont bien changés, même si cette idée me laisse perplexe (les textes de Booba n'ont jamais foncièrement changés et les principaux thèmes que sont les injustices sociales et le racisme sont toujours présentes) je vais prendre ce postulat pour me projeter dans un futur où le hip hop (et l'humanité) existe encore.

L'idée la plus simple serai de penser que doucement les thèmes changeront avec les problèmes sociaux, les transformations démographique, les conflits interne et externe.

Par transformations démographique on peut imaginer que l'idée de Kemi Seba de repeupler l'Afrique par une émigration massive des afros-français apporterai pas mal de changement dans les textes des rappeurs.

La situation économique impacterait également grandement les thèmes, si celle-ci devient positive les préoccupations sociales se trouveront changées voir effacées. A contratrio, une situation critique réduirait les ventes et ainsi les facilités liées au rap monétisé. Si je prend l'exemple du rap en Macédoine, les thèmes sont plus sérieux et réfléchis puisqu'il est impossible de vendre ou de vivre de son art, les seuls moyens d'en tirer de l'argent sont les performances live, et encore.

De plus, la vie politique à tendance à s’accélérer et nos présidents s’enchaînent dans un compétition de ridicule, loin de moi la prétention d'avoir une opinion politique bien entendu. Ce que retient le peuple principalement ce sont les choses simple (Sarkozy est un voyou, Hollande est un flan, les sans-dents..). Mais si le front gagne un jour, le rap sera t'il capable d'avoir assez de recul pour critiquer une politique plutôt qu'une personnalité, ou qu'un concept flou et politiquement immortel tel que le racisme ? Je dis le front parce que j'imagine que c'est ce qui ferai réagir le plus le mouvement rap, bizarrement investi d'une mission (cf Cardet sur les la chasse aux skins).


Mais, 

on pourrait continuer de spéculer de l'impact des événements sociaux sur les textes du rap français mais ce serait penser que celui-ci aurai encore la démarche de dénoncer et combattre les injustices sociales. Si aujourd'hui le rap "conscient" décline, qu'en sera t'il dans 30 ans ? 
Ces dernière années ont vus se transformer certains artistes auparavant intelligent en chanteur grand public. 
En faisant un parallèle entre le parcours de Gims (étant le plus gros vendeur) et l'évolution du mouvement, on peut en déduire qu'une fois sortie de l'anonymat (c'est à dire un public modeste) le rap se transforme un musique de club / radio, toujours plus accessible et stérile.



Quid des formats de diffusion ?

On peut aisément se dire qu'un progrès technologique engendrerai un changement de format et donc le processus de création d'un morceau, de son écriture à sa présentation. 

Il paraît évident que l'industrie souhaite voir la musique toujours plus portative et diffusée au plus grand nombre. 



A la musique s'additionne le matraquage publicitaire, pour l'instant très américain (pour exemple les casques beat dans les clips) mais qui tend à s'étendre à la France puisque nos "boss" se font toujours plus américain (voir les placements de produits de Gims). Ainsi, on ne sera pas surpris d'avoir des publicités incrustées dans nos sons, d'une façon plus ou moins dissimulée.

Mais comment ? 
On pourra toujours télécharger nos sons illégalement et s'en battre les couilles des chaînes de l'industrie ? 

Et bien peut-être pas, je ne serais pas étonné que nos appareils portatifs, quels qu'ils soient, soit tous munies d'une connexion internet illimitée qui permettrait un streaming musical continue et ainsi faire naître des super-structures musicales, probables évolutions des maisons de disques qui gérerait ces flux musicaux. 
Il n'est pas à exclure que les maisons de disques iront jusqu'à gérer les moyens de diffusions par un développement horizontal de leur secteur d'activité.
D'ailleurs VEVO est en quelques sortes le début de cette évolution puisque c'est le produit d'un accord entre Google et les Majors, diffusant des contenus contrôlés et surtout empêchant (faiblement) les téléchargements avec des extensions type ClipGrab ou youtube-dl.

Un des ennemis du hip-hop pourrait donc être une centralisation d'internet et des moyens de diffusions. Depuis moins d'un an, Youtube à d'ailleurs changé sa façon de fonctionner, favorisant grandement les structures au détriment des indépendants. C'est très bien expliquer ici.

En addition, cette vidéo explique très bien la centralisation du web du point de vue des jeux vidéos, mais facilement transposable au rap (j'essaierai de faire des recherches).



Voila la fin de cette première partie, dans la prochaine qui ne tardera pas trop (je pense), j'aborderais les probables évolutions du rap en fonction de l'idéologie dominante possible, du public et de la considération médiatique.


Pour se tenir au jus, profiter de mots d'esprits ou voir du bon son apparaître sur ton newsfeed, rejoins nous ici :



Au passage, cela fait 2 ans que j'écris ici. Je ne ressens rien de particulier à ce sujet.



vendredi 29 août 2014

PUBLIC FRAGILE



Soyons honnête, la majorité du public rap en france, c'est des fragiles.


Si le rap est aujourd'hui le style qui vend le plus en France, c'est pas un hasard, qu'on se le dise, le plus gros du public c'est des adolescents.

Le temps où le hip hop était un phénomène générationnel est révolu, aujourd'hui l'entertainment à fortement blessé le mouvement.

Développons ces idées à l'aide d'un diagramme probant : 



L'idée que le public rap est aujourd'hui en majorité fragile est fortement liée au fait que ce public soit majoritairement composé d'adolescents ou de gens qui n'ont pas les clefs nécessaires à un jugement correct d'un morceau et encore moins d'un album. 

Si des concepts tels que #TEAMBOOBA, rohff, la fouine etc.. ont émergés c'est par la force d'un public abruti ayant le cerveau mangé par les artistes respectifs et leurs service marketing, majoritairement twitteresque.
C'est le jeu des maisons de disques, qui savent pertinemment qu'un public émotionnellement (fragile) impliqué dans la carrière d'un artiste est un public (fragile) qui achète.

Pourquoi achètent-ils ? Parce qu'ils sont cons.


Ou parce que la compétition c'est le coeur du rap game et qu'évidement les gars veulent pas se taper sur un ring alors tout se joue dans les bacs, celui qui vend le plus gagne. De plus, nos trois cons (dont je n'ai pas besoin de citer les noms systématiquement) s'arrangent pour sortir leurs album pendant la même période.
Alors le public qui a tellement mangé le caca médiatique de l'industrie achète pour montrer que c'est son artiste qui est le plus fort. Tout ce mélange artiste / public à fait de ce rap un concours de gros penis.




La marque des vrais mecs qui ragent et vont tabasser à 1000 contre 1 un gars de 19 ans.


"Y’a plus qu’des putes, sont toutes quelconques et sucent n’importe quelle bite"


Peut-être me trouvez vous trop dur avec ces #TEAMFDP, peut-être que je ne comprend pas le talent d'un Jul, peut-être que tu peux aller te niquer, parce que voilà mes sources :


En naviguant sur ce formidable outil qu'est l'internet, j'ai été amené à survoler des épisodes de pascal le grand frère, sur deux épisodes aléatoirement sélectionné, je suis tombé sur



Source suivante, la video d'anniversaire de Booba, par les fans, je n'ai pas de mots :





Ensuite, cette perle célèbre dans les milieux des connards dans mon genre, à l'occasion d'une dédicace de Booba ou je ne sais plus quoi :



OUHOU UN PEU FAROUCHE JE VAIS TE CASSER LA BOUCHE





Vous pensez que ce sont des cas marginaux qui ne reflètent pas la majorité du public ? Et bien vous vous trompez, sachez que Jul est disque de platine.


"Les chaines sont mentales, fais gaffe à qui tu auréoles
Ton idole vendra ta cause, comme Beyoncé chez L'Oreal"


Tupac disait que le public se faisait avoir par le beat, c'est encore vrai, plus que jamais. Une instru catchy, plutôt tendance excusera des lyrics facile. Mais ces paramètres, ce sont ceux d'une musique de consommation, une musique qui ne sera qu'un produit idéologique. Le fond du rap, historiquement intelligent s'efface peu à peu parce qu'une quelconque #TEAMFDP  s'enjaille sur de la merde et prouve aux artistes qu'ils n'ont plus besoin de se faire chier avec des idées et de la technique.

Je ne veux tomber dans la facilité de rejeter tout ce qui n'est pas rap conscient parce que je ne suis pas comme ça mais il y a beaucoup de bon gars qui entretiennent un esprit sain, travaillant le fond et la forme sans marketing malsain. (je pense à GREMS, FIXPEN SILL, CABALLERO, LOMEPAL, KACEM..).


"Si tu veux faire du chiffre, tu t'adresses à des gens qui sont mentalement développés de 15 à 17 ans"


Rejoignez nous ici les non-fragiles :





jeudi 31 juillet 2014

Le rap à la télévision ?



C'est après son passage au grand journal que Booba déclara ceci. Malgré tout ce que l'on peut dire sur Booba, le point de vue d'Elie est ici mature, lucide et représentatif du traitement du rap par les mass médias, et plus particulièrement par la télévision.

Ça fait longtemps que le monde du rap reproche à la télé son indifférence, et plus encore ses caricatures.


En quoi le traitement télévisé du rap nuit au mouvement ?


Avant toutes choses, rigolons un peu : 




Je ne suis pas un fervent défenseur de la liberté d'expression mais je comprend humour / drôle etc...
mais Laurent Gerra en fait beaucoup, et se répète souvent, à tel point qu'Akhenaton ai prit le temps de lui répondre sur Facebook.

Le cliché de Gerra révèle la vision du rap que la télé diffuse et ce depuis des années, celui d'une sous-culture. Dans cet extrait devenu une ressource des textes de beaucoup de rappeurs, Zemmour marque un point lorsqu'il dit Mc Solaar est systématiquement utilisé comme alibi.

Le cas de Solaar est intéressant, comme si la télé à voulu le marginaliser pour en faire l'éloge en continuant à critiquer le rap à travers clichés et faits divers.

Mais depuis que le rap est le genre musical qui vend le plus en France, les émissions se doivent d'inviter des rappeurs. Bien que ceux-ci ne soient invités seulement pour les sorties de projets, on aperçoit de plus en plus de rappeurs à la télé, mais ils ne sont rarement accompagnés de rap. C'est à dire que généralement on invite les artistes sans l'art, simplement pour l'image.

Néanmoins, la télé n'est pas entièrement responsable de ce problème, étant donné que la plupart des gros vendeurs entretiennent une image particulière, nécessaire pour rester dans leur rôle d'animateur idéologique, et vendre du parfum, des vêtements, bref un style de vie. Et la télé aime les animateurs idéologique.


Les rappeurs, ces pitres
Une fois le gars invité, la promo faite, quel est son utilité sur un plateau ?



Lorsque l'on regarde les apparitions de Booba depuis Ouest Side, il est systématiquement considérés comme un pitre. Lors de son passage au grand journal cité plus haut, De Caunes accueille Booba avec un "Wesh Wesh Yo" et d'autres expressions supposées représenter le langage de la rue (peut-être il y a  10 ans). Par la suite, plusieurs tentatives seront faites pour essayer de mongoliser Booba, choses qui ne se font pas aux autres artistes invités, qui pourraient pourtant se révéler plus stupide.

Si c'est ainsi, c'est à mon avis parce que la télé ne recherche que du divertissement (voir l'espace de cerveau disponible) et ces rappeurs en vendent.

Il suffit de regarder cet extrait de Mister You chez Ruquier pour comprendre qu'il est traité comme une bête de foire et n'est pas pris au sérieux une seule fois, il fait le clown pour vendre ses cd.


Un format inadéquate pour le rap 


Enfin, il me semble que la télévision ne propose pas de format qui permettrait de mettre le rap en valeur.
Ce qu'il leur faut comprendre, c'est que le rap n'est qu'un bras du hip hop, et celui-ci est une culture riche, diversifiés et ouverte, ces deux choses ne devraient pas être séparées, même si l'industrie à déjà essayé de couper le cordon. 

Piège de freestyle à consacré une émission à ce sujet, que je trouve rempli d'idées communément admises et sans vraiment prendre de risque.



Si la télé acceptait du jour au lendemain d'importer des rappeurs ceux-ci souffriraient forcément d'amputation.

Et puis les gars vous voulez faire quoi à la télé ? Je ne vois pas ce que vous pouvez faire d'autres que de la promo, ce n'est que ça la télé, vous vous voyez vraiment chez Ruquier entre deux chroniques lâcher un freestyle ?

Greg frite fait des exercices de style sur canal, mais je ne vois malheureusement pas ce qu'il y a d'exceptionnel, j'adore Greg frite mais j'ai l'impression qu'il ne remplit qu'une case générationnelle dans l'émission dans le before qui surfe sur la culture pop.

Il faudrait un changement structurel pour permettre au hip hop d'avoir un format le mettant vraiment en valeur.
Le rap français peut il vraiment avoir sa place à la télé ? Le milieu, public comme artiste, est très égocentré. Une émission comme celle-ci en côte d'ivoire n'à aucune chanche de voir le jour en france, et pourtant le message est intéressant !

https://www.facebook.com/pages/RAP-Academy/366628556735441 


La télévision est un univers particuliers, sombre.. Ce qui y entre n'y sort jamais indemne, mais ça je pense que tout le monde en a conscience. Si vous voulez approfondir sur la télévision, voici quelques documents intéressants :


Bourdieu, sur la télévision :

Bourdieu c'est intéressant, parce que lui même a été victime de la télévision. Incapable de poursuivre une démonstration, il refusa tout débat à la télévision. Il est fort probable que si des rappeurs comme Rocé soit invité ils ne puissent pleinement s'exprimer et soient contraint de répondre de façon courte et succincte
.
Usul, la télévision, pourquoi pas ?



Si tu apprécies les bails, si tu veux en discuter : je suis par là 


lundi 30 juin 2014

De l'importance des classiques




Quand Booba disait à propos d'1995 qu'ils faisaient du bon taf mais n'avaient pas de classique, il avait raison. Le classique, c'est la vie.

Un sample, un flow, un texte


Classique sera le morceau ou l'album à qui l'excellence ou le temps aura donné autorité. Généralement un classique part d'un sample, du moins selon le top 100 de l'abcdr du son puisque (sans avoir vérifié intégralement) il semble que toutes les prods comportent des samples.
Plus généralement, Illmatic de Nas, classique parmi les classiques, comptent 312 samples.

Un flow légendaire caractérise généralement le classique, ce flow, qui, générations après générations, continue d'inspirer les autres rappeurs.


Tu sais le crime paie protège tes seufs chef tes fesses
Et les méfaits ne cessent regarde ce qu'on aiff
Un leur-dea sort une savonnette et les ients-ients bavent
Honnêtement les négros savent comment faire de l'argent bêtement
Easy du cash à la Sugar Hill AZ
Mon rap, un poème sans poésie
Et puis quoi, ça fait quoi, dis-moi toi qui sais tout
Si tu kiffes pas re-noi t'écoutes pas et puis c'est tout
Seul le crime paie dans les villes du neuf ze-dou
Face à face, que des regards froids y'a pas de yeux doux


Cette poignée de lignes coup de poing balancées sur un breakbeat ont façonnées l'aura de Lunatic, un flow hors du commun couplé à un texte imagé, c'est ainsi que naquit un classique. Driver à fait une série de vidéos retraçant son parcours, il parle de Lunatic et du morceau Le crime paie dans cette vidéo.


Pourquoi le classique est si important ?


Un classique c'est une valeur, c'est un standard, un repère. Par exemple, prenons "Au fin fond d'une contrée" d'Akhenaton et "coupe le cake". Beaucoup de choses ont été dites sur "Coupe le cake", parce que tout le monde avait en tête les meilleurs titres d'Akh et IAM, d'où la frustration et la colère. 

Le syndrome "coupe le cake" c'est cette bénédiction / malédiction qui repose sur tout les artistes qui ont déja sortis un classique. Un bon son, c'est une épée de Damocles au dessus de la tête, les gens attendent l'album juste pour déverser leur mauvaise foi / déception / réaction démesurée.

Le positif, c'est que tes classiques ne te lâcheront jamais, tu avances avec. En gérant bien, ils suffiront pour ta comm et tu pourras vendre des t-shirts.

Le négatif, c'est qu'ils ne te lâcheront jamais, restant potentiellement à jamais les meilleurs sons d'une carrière. Si tu as le malheur de vouloir changer de ligne artistique, il est probable que la partie la plus fanatique de ton public te reproche d'avoir oublié tes principes.

Le classique c'est une pression constante pour un artiste, c'est en fonction de ces classiques que tout le reste sera jugé, d'où le "c'était mieux avant".

On ne peut pas vraiment dire que le classique aide au développement d'une carrière dans le sens où l'industrie privilégie le single et une rotation perpétuelle des artistes, seulement très peu reste longtemps sous les projecteurs, encore plus dans le rap. Le single à toujours été le modèle préféré de l'industrie, celui-ci permettant un succès fulgurant ainsi qu'une disparition spontanée.

Le classique, c'est plus que l'industrie, c'est entre l'artiste, la musique et le public.


Un classique.. et après ?


L'argument de Booba c'est que sa musique reste la-même, mais dans la forme elle avance avec le temps, les vrais sont cependant d'accord pour dire que Booba n'à pas chié un classique depuis... Temps mort. 

Rohff à beaucoup de classique dans sa carrière (A bout portant, message a la racaille, le son c'est la guerre, génération sacrifiée, regretté...) peut-être est-ce pourquoi il n'arrive plus à faire un bon album ni même un bon son : il sait que c'est ses classiques qui le tiennent encore au-dessus de la masse des autres rappeurs, peut-être je me trompe, mais ce n'est pas "La Cuenta" ni même "PDRG" qui me contredira.

Si personne ne prend La Fouine sérieusement c'est parce qu'il n'a pas de classiques, mais vraiment aucun. (et qu'il apparaît dans un film en tant que surveillant dans un lycée. Son personnage s'appelle Emile, vraiment).

Un gars comme Mac Tyer, qui n'arrive plus à vendre de disque, même en digitale, existe encore parce que Tandem à pondu des gros sons. Après une traversée du désert, il se retrouve à signer chez Monstre marin, le label de Gims.

Gims, lui, s'en bat les couilles, il est partit du rap.


S'il est presque impossible de faire un classement des meilleurs rappeurs, meilleurs albums ou meilleurs sons (sans faire de comparaison de ventes), je pense qu'il est assez aisé de faire une liste complète des classiques du rap français, et sans s'arrêter à 100.