samedi 27 juillet 2013

Le hip hop japonais #1 : Historique




Dans les médias spécialisés, on entend très peu parler du hip hop japonais en général. Pourtant, ce genre s'est très bien intégré à la culture nipponne et à vu naître des artistes talentueux et mondialement reconnus. De plus, il serait intéressant d'écouter (j’entends par là comprendre)
le rap japonais puisque la culture de ce pays est très différente de la notre et les thèmes qui pourrait être abordés dans les textes ne peuvent qu'être différent (pas d'immigration, un sens commun religieux moins politique et un déterminisme social plus prononcé) 


Un historique du hip hop japonais


Le contexte, la conjoncture, les cultures dominantes et l’histoire du japon fournissent un cadre particulier à la naissance de la culture Hip Hop. Bien qu’importé des états unis par Hiroshi Fujiwara, les japonais ont assimilé cette culture pour ensuite lui donner une évolution propre.
Le hip hop japonais aurait (aurait*, parce que le peu d'infos trouvées n'offrent pas plusieurs versions de l'histoire) donc été amené au Japon par Hiroshi Fujiwara.
Hiroshi Fujiwara est le parrain de la culture de Harajuku, qui est un quartier de Tokyo qui réunit les « avant gardistes » de la mode japonaise, cosplayer, gothique, emo. C’est une place sociale importante, un lieu de création mais aussi un lieu très commerçant.
Ce quartier à une histoire particulière étant donné que c’est anciennement un quartier d’occupation américaine. Des soldats mais aussi des civils y habitaient. A l’époque de nombreux jeunes japonais s’y rendaient, curieux, arpentant les magasins qui ciblaient la classe bourgeoise japonaise et américaine.
A la fin de l’occupation américaine, les quartiers désertés furent investis par les designers de mode, les artistes,  les photographes..
Harajuku compte 2 rues principalement commerçantes, appelées les champs élysées de Tokyo.
Les jeunes qui traînent dans ce quartier sont appelés les « tribus » d’harajuku et veulent se distinguer en développant une culture communautaire marginal, parfois rebelle.  En effet, il y a par exemple le mouvement des « Blackfaced » qui se rebelle vis-à-vis de l’idéal de beauté traditionnel japonais qu’est le teint pâle et les cheveux noirs en se noircissant le visage et s’éclaircissant les cheveux. (influences afro-américaines, proche du cliché californien).


Le style Ganguro, assez soft ici
C’est dans le secteur de Ura-Hara, toujours dans le quartier d’Harajuku, que se réunissent les gens issus culture Hip Hop. Cette communauté s’oppose à l’autre, vivant plus caché et étant plus reservé.

C’est donc dans ce quartier qu’Hiroshi Fujiwara, parrain de la culture Harajuku, aurait commencé à passer des disques de Hip Hop au début des années 1980. Aujourd’hui, le HH est un des genres commerciales connaissant le plus de succès au Japon. La frontière avec la Pop y est souvent flou.
Un peu moins ici
A son début, le HH et sa culture était plutôt modeste et informel. Bien que déclencheurs d’un mouvement culturel important, il n’y avait pas d’intérêt pour le Hip Hop de la part des maisons de disques et de l’industrie musicale japonaise en général.
En 1983, c’est le break dance qui connait un essor. Shows, live, films, influences américaines, popularisent le break dance, laissant le DJing et le rap plus en retrait.


Takagi Kan, Acteur hip hop de la 1ère génération sur le break dance :


« Danser à un impact visuel que tout le monde peut recevoir, comprendre. Quand viens le temps de danser, il n’y a plus de barrière du langage. Le break dance à servit de base pour diffuser la culture hip hop au Japon. »

Des artistes de rue commencèrent à se réunir dans le parc Yoyogi, dont Dj Krush. L'avènement des Djs japonais fût la seconde étape du développement de la scène hip hop japonaise, ce qui conduit à l'ouverture d'un premier club hip hop en 1986, à Shibuya. Il faudra attendre 1994/1995 pour que le rap connaisse un succès commercial notable avec des groupes comme Scha Dara Parr.


Depuis les années 2000, la scène hip hop japonaise à grandit et s'est diversifiée. Le rap et la culture hip hop dans sa globalité ont connus un succès commercial important. De ce fait le hip hop est devenu un style musicale populaire et l'un des plus commercialement viable. Un nombre important de scène hip hop se sont développées, du rap/rock au "hardcore gangsta", spokenword/poésie, rap/techno, rap antigouvernemental, pro-marijuana, rap Heavy metal et ainsi de suite.
En parallèle s'opéra un tournant dans la culture hip hop japonaise lorsque quelques artistes se sont concentrés sur des faits psychosociologiques propres à la société japonaise, se détachant ainsi des thèmes souvent copiés au hip hop américain.



Le sujet étant vaste, il y aura plusieurs parties. L'article suivant : l'influence américaine sur le hip hop japonais et l'émancipation de cette influence.



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vendredi 21 juin 2013

Disque d'or, disque de platine, qu'est ce que c'est en vrai ?



Alors que Gims est dans l’espace avec son album Subliminal (disque de platine en 1 semaine, certifié sur les albums placés en magasins et non sur les ventes réelles) on peut se poser la question de la refonte du système de récompense que sont les disques de certification. En effet, son album est plutôt décevant, je n’y ai trouvé qu’un son correct (VQ2PQ) et qui ne rattrape pas le reste de l’album, très orienté radio.
Il rejoint avec cet album le club des projets pourris qui se vendent bien, et dépasse même les tenants du titre.


Est-ce indicateur de qualité ou un outil marketing ?


Il faut savoir que ces récompenses prennent en compte les ventes et les téléchargements légaux, et l’organisme les certifiant est le syndicat national de l’industrie phonographique.
Il certifie les albums de la manière suivante :
  • Or : 50 000 exemplaires (100 000 avant juillet 2006)
  • Platine : 100 000 exemplaires
  • Double platine : 200 000 exemplaires
  • Triple platine : 300 000 exemplaires
  • Diamant : 500 000 exemplaires

La certification porte sur les ventes nettes de disques entre la maison de disques d'une part, et les grossistes et distributeurs d’autre part.
Lorsque l’on s’attarde un peu plus sur les membres de cet organisme il n’y a pas de surprises :


  • Président : Stéphane Le Tavernier (Sony Music, maison de disque de Gims). 
  • Vice-président : Yves Riesel (Abeille Musique). 
  • Membres : Olivier Montfort (EMI Music), Bertrand Burgalat (Tricatel), Eric Hauville (Pschent), Pascal Nègre (Universal Music), Thierry Chassagne (Warner Music), Denis Ladegaillère (Believe Digital).


Le SNEP est également responsable des classements de ventes d’albums en France selon ses critères, c’est plus pratique sûrement pour promouvoir ses artistes...
« En mai 2013, le SNEP regroupe 43 membres dont les trois majors Sony Music, Universal Music Group / EMI et Warner Music (inclus leurs labels respectifs). Ces membres, qui réalisent environ 80 % du chiffre d'affaires du marché du disque en France sont les :

  • Fabricants (presseurs, duplicateurs, studios d'enregistrement).
  • Producteurs et éditeurs de phonogrammes.
  • Distributeurs exclusifs de phonogrammes, producteurs distributeurs et éditeurs exclusifs de vidéo-musiques »


Il est également intéressant de savoir que les seuils d’obtention sont définies pas arbitrairement mais presque, en fonction du marché local. Ces seuils diffèrent d’un pays à l’autre.

Je ne pense pas que ce soit un indicateur de qualité puisque ces certifications ne se basent qu'uniquement sur les ventes (aux grossistes et distributeurs je le rappelle) et non sur l'étude de texte, d'instrumentale et de prestation scénique. 

En gros, Sony se charge de vendre 100 000 albums aux grossistes et distributeurs, l'artiste est disque d'or avant même que son public ai acheté le cd. Plus facile pour la promotion !

Les disques de certifications sont à mon sens un énième outil marketing, à plusieurs niveaux. Premièrement, cela permet placer plus de produits, un disque certifiés aura facilement sa place en grande surface par exemple. Deuxièmement, le fait qu'un CD soit plus plébiscité (d'apparence) qu'un autre est un argument de vente dans un secteur sensible aux modes et aux mouvements de masse. Et puis ça permet d'être dans le top 50, d'être invité à la télé, de faire un feat avec Patrick Bruel et puis de devenir jury de popstars.. ahahahah

Pourrait t-on, dans un premier temps, supprimer ces certifications, puis les réintroduire sous une autre forme un peu plus honnête ?

Comme la légion d'honneur au final, ce serait plus intéressant si nous étions en charge de la décerner ! 

mardi 21 mai 2013

Faux clashs & et vraies sanctions


A 7 SUR UN MEC !



Si l'actualité semble relativement riche pour parler des clashs, ce n'est qu'un mirage. 
Le dernier clash en date n'en est pas un, mais plutôt un concours de qui à la plus grosse. Les 3 Mcs concernés, qui sont désormais plus businessman qu'artistes, n'ont fait que comparer les ventes, les vues, les abonnés,  les casiers judiciaire, les bites (oui, oui..). Alors qu'aux US tu te réconcilies ou te fais buter, ici c'est différent..

Le plus paradoxale c'est que même s'ils n'ont pas le même parcours, ils font la même merde en pensant que la leur sent meilleur que celle de l'autre.

Hormis le fait que j'ai trouvé tout ça très drôle, toutes ces histoires ont souillés le rap français.

Quitte à se clasher, autant le faire comme ça :




On pourra toujours dire que dans la division vit le vice (d'ailleurs ce clash se déroule à Skyrock), mais au delà de ce clash entre Dontcha et Zoxea, c'est un concours d'impro ( même si beaucoup soupçonnent Dontcha d'avoir déja écrit certaines de ses phases). C'est un exercice de style qui permet de saisir la difficulté de l'impro et de comprendre que jamais ni Booba, ni La Fouine ne pourrait se livrer à un tel affrontement.

Parce que les clashs passionnent le public ("du pain et des jeux"), il y a eu de nombreux faux clashs (organisés) pour faire la promo, comme Sinik et Gaïden, Sniper, Lord Ko et Jacky Brown..




Pourquoi Booba n'à jamais répondu concrètement à la phase de Fabe ? Parce qu'il ne le pouvait pas, tout simplement. Evidemment c'est facile de répondre à des attaques faciles telles que "j'ai plus de vues que toi" etc.. Mais lorsque la vérité est dites, tu ne peux que baisser la tête et rentrer chez toi. Et puis Fabe est inclashable, non ?



Je vais, dans cet article, recenser les clashs, les vrais, les textes qui agissent comme une claque lyrical  dans la gueule d'un enfant gâté qui à fait trop de bêtises, ces textes trop souvent oubliés par les Mcs mais qui dénoncent toutes ces phases qui sont sensiblement les mêmes, toutes ces erreurs communes admises par la masse et qui  font le bonheur de l'industrie.

Fabe, "Nuage sans fin" (1998, Détournement de son)


"Les riches sont gras, les pauvres ont faim, se bouffent entre eux. Sans te raconter d'conneries on la connais celle-là ! Maintenant, faudrait passer à autre chose, changer de disque, de réplique, ça se complique, on parle de politique..."

Ça va faire un bail maintenant qu'on entend souvent les mêmes délires dans le rap, les pauvres sont tristes et les riches sont méchants. Oui, mais c'est plus compliqué que ça, et ce n'est qu'un constat, pas une solution.
Il y a aussi ceux qui te racontent qu'ils sont riches et qu'ils baisent l'état, que les jeunes du quartier dans lequel ils vivaient il y a 10 ans (avant de se barrer aux US) galèrent et vendent du shit.


On remarquera que les meilleurs emcees sont ceux qui sont sortis de ça, tel Solaar, Akh (et Shu), Fabe, Rocé, Zoxea et les sages po.. etc..

Casey & Ekoué, "Chacun son raccourci" (1998, A délivrer d'urgence)


"[Mon chemin] je l’apprécie clair, concis, et laisse les indécis avancer en dent de scie car ici mon temps est précieux, mon parcours précis, je raconte pas ma vie, et vais de l’avant tandis que d’autres dévient. C’est ainsi que j’officie à ma façon, négocie mon son. En contrepartie de mes récits je réclame rançon, tire leçon des conneries commises par des MCs trop pressés qui se font fourrer par le show-biz. Moi ma base, je la garde telle qu’elle me sauvegarde des routes super faciles trop souvent superficielles. Mon essentiel : maintenir ma lutte à l’état brut, et si tu me l’amputes, je ne discute pas ton contrat je t’insulte. Car je ne me fie qu’à mon orgueil, et il me semble encore trop fort pour se perdre dans un portefeuille. C’est intègre que je compte abriter la famille du besoin, peser lourd pour aller plus loin.
Améliorer mon statut, sortir du cercle des vaincus, me faire des belles liasses et fuir les voix sans issue, voilà ma recette pour l’année 9.7, et ça dans le but de m’éloigner de l’assistanat. A ma manière faire des affaires, partager avec mes frères, dans mon peu-ra rester sincère, mener ma carrière comme j’en ai envie mais pas à n’importe quel prix. Chacun son raccourci."

Fabe & Mokless, "Remballe" (2000, la rage de dire)


"J'continue même si j'bave devant une liasse de billet verts
J'préfère, m'écarter, négliger c'qu'ils visent
Car quand ils posent j'me reconnais pas dans c'qui disent
A mes yeux, ils passent pour des pantins
Et c'est le vécu qu’oblige certains à ne pas faire de rap enfantin
Ils pourront dire que j'suis culoté mais pas piloté"

"Mokless, Befa, on est là pour exposer les faits
On a écouté le skeud et franchement il est ble-fai
En plus de ça on a capté qu'tu nous bluffais
On s'est dit: "Si c'est ça faire un album, tout l'monde le fait"
Tout le monde le sait que tu mens et que tu pompes tout
La merde ça vend, dealer d'la came et ça explique tout"

Fabe accuse Booba de "pomper" pas mal de ses phases, et après ce texte les accusations se vérifieront, preuves :

J’ai la nuque du rap sous mon aisselle (Commis d'office, 2004)
Put the rap game in a chokehold (50 cent,“get rich or die tryin” 2003)

J’contourne les MC a la craie blanche (Repose en paix, 2003)
Phony niggaz are outlined in chalk (Wu-Tang “Da mystery of Chessboxin”)

J’ai le prix d’une clio sur le poignet (Ouai Ouai, 2006)
I got the price of a mansion around my neck and wrist (BG, Bling bling 1999)

Tu parleras moins avec un glock dans la bouche (Ouai ouai, 2006)
It’s hard to yell when the barrel’s in your mouth (B.I.G. 1997 & Jay-Z 2003)

je laisse croire que je suis aveugle ils me prennent pour Stevie wonder (Mauvais oeil, 2001)
I bleach blond’em you can’t see like Stevie (Mobb Deep, Animal Instinct 1999)

Tu veux stopper mon crew mais tu vas faire comment (Ecoute bien, 2003)
What would you do, if you could fuck with me or my crew (The dogg pound, What would you do, 1994)

Si t as pas de raison de vivre trouve une raison de crever (Couleur ébène, 2006)
If you can’t find something to live for, then you’d best find something to die for (Tupac)

Mon logo les joueurs de polo les alligators (Temps mort, 2003)
I m sewing Tigers on my shirt and alligators ( BIG, sky’s the limit, 1997)


Rocé," Plus d'feeling" (2001, Top départ)


Je ne peux pas me contenter de prendre des extraits, tout le texte est truffé de vérités : Plus d'feeling lyrics



La Rumeur, " Premier sur le rap"  (2004, Regain de tension)


"La Rumeur, groupe qui milite depuis le début, aux antipodes de ces groupes de merde qui ont déçu
et qui gèrent leur fin de carrière avec des godes dans le cul."

"Les couilles sur la table des négociations, avec les autres trouducs
que les playlists des radios ont transformé en eunuque"

"Demande à nos censeurs pourquoi ils flippent dans leur tête. Et toi baisse le regard et ton falzar devant ton agent,
si tu te demandes où est passé l’argent
pour lequel tu te prostitues.C’est dur ? A qui le dis-tu !"

Ali, "Golden Boy" (2005, Chaos et Harmonie)


"Les yeux vidés de lumière se déplacent en planant en masse comme une menace fantôme, et leur peine fait le bonheur de Golden Boy qui fait la joie des joailliers d’Anvers à Paris place Vendôme, ceux-là même qui ont tiré fortune des diamants de l’apartheid, à mes yeux Gold Boy est wanted."

"Mais pour Golden Boy on ne vit qu’une fois, la résurrection n’est pas de sa foi, l’offre et la demande sont sa loi la bourse est son temple, Alléluia, même les loups font des louanges la gueule pointée vers la voie lactée."


Il y en beaucoup d'autres sur cette ligne, n'hésitez pas à les proposer en commentaire ou sur la page facebook Phase2rap

Peace

lundi 15 avril 2013

Comment juger de la qualité d'un artiste ?



Honnêté, Vérité,
Ou comment juger de la qualité d'un artiste


Si dans le précédent article j'ai fait la distinction entre le rap subversif et le rap divertissant (qui relève du divertissement), il est intéressant de chercher pourquoi cette coupure ne se résorbe pas. Il est regrettable que deux corps appartenant au même mouvement s'opposent, pire s'affrontent.

Il est cependant nécessaire de comprendre ce rap dit du divertissement, que certain appelle le gangsta rap, d'autre le rap commercial (commercial signifiant que le processus de création à été conditionné dans l'optique de vendre un maximum, et pas que de la musique). Celui-ci est l'illustration de l'évolution du capitalisme comme Michel Clouscard l'avait prédit à travers notamment son analyse du Freudo-Marxisme. En effet, Michel Clouscard, dans le capital de la séduction, décrit un capitalisme de classe, introduisant une vie consumériste comme conditions de réussite sociale mais nécessitant de se soumettre intégralement aux règles du marché. Le travail de Michel Clouscard étant aussi considérable qu'intéressant, je vous conseille de vous renseigner sur celui-ci.(Ils existent un documentaire sur Clouscard " Tout est permis, rien n'est possible").

Ces artistes célébrant le sexe, la drogue et le matérialisme comme autant de marques de réussite ne sont que l'instrument de leur marginalisation. Le rap ne sortira pas de ses clichés tant que les artistes les plus médiatisés les entretiendront.
 La vision extérieur du rap ne s'améliorera pas tant que celui-ci sera prisonnier de ses clichés, puisque la caricature est pour les médias de masse le moyen le plus simple de manipuler l'opinion publique auprès de ceux qui ne font pas le travail intellectuel pour s'en détacher.
Or, si le point de vue de l'extérieur ne change pas, si les "spécialistes" du rap français, type Skyrock, validés par le pouvoir en place ou par la majorité ne font pas un travail de déconstruction de l'image publique du rap français, il sera impossible pour la scène subversive d'avancer puisqu'elle ne sera pas prise au sérieux.

La finalité de la subversion c'est de ne plus être

En effet, la subversion c'est, si l'on remonte à l'étymologie latine, le renversement, la contradiction des principes de l'autorité en place. Une fois le renversement effectué correctement, la subversion n'à plus lieu d'être, elle est détruite dans le processus et ses acteurs intègrent le nouveau système.

Quand on parle de rap, on ne se limite pas qu'aux artistes, le public fait partie du mouvement puisqu'il permet aux artistes non pas de se produire - la création hip hop pouvant vivre sans diffusion et sans public - mais de diffuser son art à un maximum de personnes.
En plus du fait que le rap à besoin d'un "renouvellement de façade", il y a un travail en interne à mettre en place. Beaucoup d'artistes sont prometteurs, mais nécessite un dépassement de leur niveau actuel pour faire souffler un vent nouveau sur l'ensemble du mouvement.
En effet, il y a beaucoup trop de facilités récurrentes dans les textes : la haine des flics (Salaud sont les hommes d'avoir besoin de flics, comme disait Rocé), la quête de l'argent, la drogue, l'egotrip.. C'est marrant et parfois représentatif d'une certaine réalité, certes, mais la création littéraire (le rap relève de la littérature) est issues de la fantaisie, et la fantaisie des désirs insatisfaits. Or si le désir insatisfait d'un artiste est le tabassage d'un flic, la présence de ce même flic étant le résultat de la marginalisation du mec de banlieue par l'instrumentalisation du rappeur, vaut il vraiment la peine d'être écouté ? Est il vraiment utile, sain pour le mouvement dans sa globalité ? On entend beaucoup de texte qui tendent vers la victimisation, mais la victimisation ne dure qu'un moment, il faut aller de l'avant, dépasser le stade de victime pour accéder à, non pas celui de bourreau, mais celui d'instigateur d'une nouvelle ère.

C'est pourquoi l'artiste doit effectuer un travail sur lui-même et sur ses projets. Au cours de l'histoire, le peuple a octroyé des avantages aux hommes dont l'action était bénéfique et utile pour tous. Ainsi le rappeur ne pourra vivre de sa musique uniquement si celle-ci est utile au bon fonctionnement de la vie sociale. Jamais un grand homme n'a été aimé pour son trop plein de richesse (c.f. Ces rappeurs qui répètent qu'ils sont blindés, album après album). Mais beaucoup furent aisés parce qu'ils étaient aimés, et ils étaient aimés parce que le travail qu'ils fournissaient était intelligent, ils guidaient le peuple vers la vertu, plutôt que vers le vice.
Une richesse matérielle acquise par l'exercice du bien possède une valeur différente de celle acquise par l'usage de la tromperie. Et c'est valable aussi bien pour celui qui la possède, celui qui lui octroie et celui qui la jalouse. Le phénomène de cercle vertueux existe tout comme celui de cercle vicieux.
Donc, si le travail de l'artiste est bénéfique, profond, et salutaire, il pourra vivre de sa musique en plus de dynamiser le mouvement de façon vertueuse. En revanche si celui-ci créer sa musique en fonction de la tendance, pour plaire à la masse, il générera peut-être suffisamment d'argent pour en vivre, mais l'impact sur l'évolution de l'ensemble de la scène rap sera négatif !


Pourquoi ?



 Je pense que la tendance est l'ennemi de la création, dans le sens où elle soumet celle-ci à des normes, normes qui sont décrétés par les agents marketing qui étudie le comportement des masses et agissent en conséquence, dans l’ultime but du profit.
Quand la tendance sera dans la bonne direction, alors l'opinion publique et les consciences de chacun auront évolués dans le sens de la raison et non de la démesure. Booba le déclare en interview : avant de se lancer dans un album il regarde la tendance, et il écrit en fonction de ce qu'il à compris. Même s'il y a toujours processus de création, celui-ci est conditionné par la tendance, qui elle même est le résultat du travail de conditionnement de toutes les autres industries qui grattent de l'argent sur le même marché que Booba, et ainsi de suite..
L'existence de la tendance, et de sa manipulation, existe parce que les phénomènes de masse sont encore très fort. Quand ceux-ci se dissiperont et que chaque individu aura sa propre réflexion, la tendance n'existera plus, ainsi il n'y aura plus de manipulation et la vérité éclatera. Le public de La Fouine comprendra que celui-ci se fout de leur gueule quand il chante qu'il est propriétaire, alors que la plupart de ses fans sont sûrement comme la plupart des français, soumis aux lois du marché du travail, luttant pour essayer d'avoir une vie décente et conforme à l'idéal illusoire qu'ils se sont fixés, illusoire parce que calqué sur des "modèles" comme La Fouine.
Quand ils voient toutes les montres de La fouine, les bijoux de Booba (exemples d'archétypes de rappeurs jugés trop commerciaux et mort artistiquement), ne comprennent ils pas qu'on se fout de leur gueule ? Que ceux qui ne seraient pas d'accord imaginent tenir leurs argument devant ceux pour qui l'acquisition d'une montre pleine de diamant n'a pas vraiment de sens. Tout est permis, rien n'est possible.
Il serait intéressant de se poser la question de savoir pourquoi c'est Booba qui à été le plus plébiscité dans le duo Lunatic, et je ne pense pas que ce soit grâce à son talent..
Il parle de l'Afrique pillée en faisant l'éloge du style de vie et de la mentalité des pillards..

Pour que le rap sorte de ses normes, imposés par les médias de masse et autres détracteurs de la vérité, il faut que son public accepte certaines choses, et une en particulier : la qualité d'un morceau ne dépend pas de la couleur de peau de l'artiste (le contraire serait du racisme, dans le sens où la couleur de peau détermine la supériorité ou l'infériorité), ni par sa provenance sociale. On a amené le rap dans les banlieues pour calmer les tensions communautaires et ensuite les manipuler. Le rappeur qui s'est fait connaître et qui est censé être un mec de banlieue, solidaire de ses pairs, est plus proche du requin businessman que du prolétaire luttant pour sa condition et ceux avec qui il l'à partage. Les clichés du rap divisent les prolétaires issu de l'immigration ou non, au profit des classes sociales supérieurs, qui tirent une rente du mouvement Hip Hop.

Une fois cela compris, libre à nous de nous affranchir de tout ça, et de faire briller le rap comme un art, qui transcendera non seulement la musique, mais également les normes répressives d'expressions et d'actions pour finalement changer les choses, finaliser la subversion.
C'est le peuple qui donne le pouvoir à son tyran, c'est le public qui donne la notoriété à l'artiste. De ce fait, il semble inutile de cracher sur les artistes, il faut simplement retrouver la solidarité entre les différents publics, et plébisciter les artistes honnête, qui ne serons néfastes ni pour le public, ni pour le mouvement, ni pour non-amateurs de rap.




Merci de votre attention,
et n'hésitez pas à réagir !
Paix




jeudi 21 mars 2013

Comment juger de la qualité d'un morceau ?



Technique, écriture
ou comment juger de la qualité d'un morceau de rap

La seule limite de la technique, c'est la compréhension. Par exemple, l'accélération du flow, technique courante et pratiquée par pas mal d'artistes, peut desservir le texte et sa compréhension.
De même qu'un flow particulier mais redondant imposera une plume plus indulgente ( je pense notamment au flow de Sadek sur ce son avec Meek Mill ).

Oxmo Puccino et Kery James sont par exemple plus axés sur le fond et que sur la forme. Le flow de Kery n'à pas énormément évolués durant sa carrière, d'ailleurs il le dit lui-même ( dans cette interview notamment ) : c'est le fond, le message, qu'il approfondi le plus. Cependant quand le message relève de la démagogie ou autres thèmes sur-traités par le rap français et qu'on ne peut pas se raccrocher au flow, ce n'est plus du rap qu'on à l'impression d'écouter mais un message politique scandé. Si tu veux faire de la politique, ne te cache pas derrière un Mic, si tu veux défendre les inégalités tu ne nourriras pas les affamés avec la mise en scène de ton clip. Je veux dire par là que dans un art qui se veut dissident on ne peut dissocier l'humain de l'artiste puisque le premier s'exprime par la voix du second. Il faut que les écrits soit à la hauteur de la pensée, que celle-ci soit véritable et non-pas empruntées pour en faire un fond de commerce. Je me demande souvent si Kery James est vraiment dans une optique de dissidence.. J'entends par la qu'un véritable dissident ne serai pas autant médiatisé, ne serait pas invité chez Drucker pour chanter avec Aznavour, personnalités qui sont directement ou indirectement rattachées aux oligarques responsable de ce que Kery s’évertue à pointer du doigt sur chacun de ses sons. 

En ce qui concerne Kery James, je vous invites à écouter la chronique de Kemi Seba à son sujet ici même.

Chez Rohff et ses freestyles ( très long ), la technique c'est la rime agressive, la punchline, mêlée aux rimes lourdes de sens
Aujourd'hui on retrouve beaucoup ce genre d'écriture, la culture de la punchline, celle dont on se souvient mais qui la plupart du temps ne dépasse pas l'image humoristique ou cynique à laquelle elle renvoie.
La punchline telle qu'on la conçoit aujourd'hui c'est à mon sens la recherche du divertissement au détriment du sens. Beaucoup de textes survolent des thèmes qui pourraient être intéressant s'ils étaient approfondis. Quand Gims dit "Est ce que Usain Bolt court plus vite que Ben Ali ?" dans Meurtre par strangulation concrètement qu'est ce que ça dit ? 

"Les MCs appellent Punchline ce que j'appelle écrire"

Telle qu'on la conçoit aujourd'hui parce que Punchline est un terme assez vague et n'importe quoi peut en devenir une avec un peu d'imagination. A mon sens c'est l'auditeur qui doit, selon sa compréhension, retenir des rimes plus percutantes que d'autres. Le rap est entre autre une histoire d'image, je trouve par exemple le crew 1995 créatif, bien que les textes rejoignent l'idée de divertissement évoqué plus haut, et qui sera développé plus bas. En comparaison à des gars comme Sultan, qui pour l'instant ne m'ont pas convaincu par leur identité musicale, les mecs de 1995 sont beaucoup plus vivant dans leurs textes. L'arnaque du rap de puriste ou du vrai rap français commence là où l'image du rappeur forge sa notoriété au détriment de la qualité de sa musique. La notion de puriste n'est qu'un terme flou qu'on aime à employer pour définir tels ou tels morceaux, mais comme le disait Oscar Wilde "définir c'est limiter". Le "vrai" rap français n'est que le socle sur lequel s'appuie "l'autre" rap.

Ce qui met déplaît dans le "rap à punchline", c'est la relative faiblesse des textes. La technique est au service du texte, le flow c'est le canon qui tire la punchline, mais la cible c'est quoi ?

En s'attardant sur les textes de Fabe et de Rocé, et plus particulièrement sur la construction de leurs textes on peut suivre le cheminement des idées au fur et à mesure que les rimes s'enchaînent.

Exemple :

Idéal non commun, prise de conscience différé, exagéré!
Et il continue désespéré? Dégénérés progénitures d'une génération télé-intellectuellement anesthésié.
''Zapper c'est facile'', c'est ça leurs solutions?
Les casseurs font leurs course lors des mini-révolutions
Tes parents paye le flic qui met une balle dans ton front
Face à une telle organisation: Aucune solution
La révolution industriel fait la fierté de ce pays.
La main de l'ouvrier malheureuse, mais on s'en fout elle produit!
puis on produit l'envie chez l'ouvrier qui bosse comme un con.
vive la société de consommation !
Trop d'intérêt, trop d'épargne,trop d'usurier Oué!
Trop de clochards dans ma rue et trop de chiens dans les beaux quartiers,
Un parfait désaccord régis par la loi du plus fort.
Certains d'entre nous dorme dehors et tu t'affiche avec tes bagues en or...
Devant tant d'égoïsme je ne vois aucune solution.
Alors... cherche moi... Quoi?
J'arrête ici ma narration.



Attention, je ne demande pas ici à tout les rappeurs de copier les structures des textes de Fabe, j'illustre juste ce qu'est une écriture structuré efficacement et accordée à la technique.
Bien sûr, il y a beaucoup d'exemples possibles, j'ai choisis Fabe parce qu'il est parmi ceux que j'ai le plus écouté.

La technique est une chose que peu prennent en compte dans leur appréciation des morceaux, et particulièrement des nouveaux. Je lis beaucoup de commentaires très drôle sur Youtube ou autres,  en fait, on en trouve quasiment sous chaque vidéos concernant de près ou de loin le rap.

Les messages sont souvent les mêmes, cela va de la haine pour les artistes émergents à la nostalgie du rap plus ancien. Certains n'acceptent que du rap conscient quand d'autres forment des masse et se font la guerre.

Illustration :


Ce vif échange provient d'un son de ILL ( Momonnaie ). 
Guizmo, c'est un mec très productif !

Avec le contexte actuel, les moyens de communications à leurs dispositions, l'approche du rap est différente, Ils ne sont qu'à l'aube de leur carrière musicale.. Ecoutez Booba à leur âge ( perso je trouve qu'il dit que de la merde, mais il parait que plus c'est vieux mieux c'est ).
Tout le monde sait que dans 10 ans certains des sons que l'on à jugé nul aujourd'hui seront des classiques.
Pourquoi s'entêter à tirer vers le bas ceux qui vivent par et pour la création ?
Le rap en France est très florissant, dans le sens où il y a beaucoup de contenus de qualité, beaucoup de nouveautés et un tas de freestyle disponible, des activistes qui organisent concerts, atelier d'écriture..

Il est donc important de juger de la valeur d'un artiste en étudiant la technique, l'écriture et sa créativité indépendamment du contexte et de la concurrence dans laquelle il évolue comme s'il était un produit issue d'un marketing stratégique.

En s'attardant sur l'écriture de East, Akhenaton, Fabe, Rocé, Ali, Ekoué, Sat, Al, Médine.. (j'en oublie sûrement) On s'aperçoit rapidement que la punchline se révèle d'elle même par la profondeur de la rime.

Pour Hugo du TSR Crew, c'est différent. La profondeur n'est pas ce qui est mis en avant, chez lui c'est la gestion du flow au service de la punchline bien ciselée. Bien qu'on puisse lui reprocher la relative redondance des thèmes, instru et textes, Hugo à son identité musicale propre, ce qui n'est toujours le cas chez les rappeurs (toujours) actifs.

Akhenaton disait dans une interview que Booba avait eu beaucoup d'"enfants" (enfant issus de Lunatic, mais qui n'ont rien appris d'Ali, ou peu) dans le rap, en effet l'écriture de Booba est caractérisée par ce qui s'est popularisé sous le nom de méta-gore, soit punchline "choquante" et explicit.
Avant Lunatic et la gangsterisation du rap fr, la scène hip hop se caractérisait par une écriture se rapprochant plus de la poésie et de la littérature que de la haine anti-flic et autres thèmes récurrents dans le "Gangsta rap français".
Phénomène représentatif du libéralisme américain à la française : la gangsterisation ramène à des valeurs partagées par les rappeurs pseudo-dissident et les personnalités qu'ils condamnent ( par pseudo-dissident j'entend ceux qui disent baiser le système tout en croyant à la hiérarchie social, à l'écrasement de l'autre pour réussir et le matérialisme pour valorisation de soi).

Divertissement ou subversion sont deux choix distinct, choisir la subversion implique l'alignement moral qui l'accompagne. Technique et écriture sont les vrais clés de la compréhension du travail d'un artiste. L'homme doit être retrouvé dans les textes du rappeur. Ceux-ci seront de ce fait vivants ainsi que les idées qu'ils diffusent. Bien sûr, je ne condamne pas les rappeurs penchant plus pour le divertissement que la subversion, ce sont seulement deux voies qui, si mélangées, peuvent dé-crédibiliser le travail de l'auteur.


Peace

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Bonus pour ceux qui ont été jusqu'au bout ! 


"Les principes s'arrêtent là où les intérêts commencent"